L’identification de la population peut-elle redevenir un levier du « glissement » ?
L’identification de la population reste un sujet politique sensible en République démocratique du Congo (RDC). Aujourd’hui, Ebuteli publie une nouvelle note de sa série sur les réformes institutionnelles, intitulée L’identification de la population peut-elle redevenir un levier du « glissement » en RDC ?
Cette étude analyse les enjeux techniques, financiers , institutionnels et politiques liés à l’identification de la population, au recensement général de la population et la préparation des élections de 2028.
Comment identifier, recenser et enrôler sans faire glisser le calendrier électoral ? Depuis 2006, les processus électoraux en RDC reposent sur des fichiers électoraux constitués par la Commission électorale nationale indépendante (Ceni). L’idée d’extraire le fichier électoral du fichier général de la population remonte en 2014, avec la mise en place des animateurs de l’Office national d’identification de la population (Onip).
À une année des élections prévues en 2016, le premier projet de recensement avait toutefois été abandonné après de fortes mobilisations populaires. L’opposition et des organisations de la société civile soupçonnaient alors le pouvoir d’utiliser le recensement comme un levier de « glissement » pour prolonger le mandat du président Joseph Kabila. Depuis, les débats autour de l’identification de la population et du calendrier électoral restent marqués par une forte méfiance politique.
Aujourd’hui, alors que la guerre dans l’Est, les discussions autour d’une éventuelle réforme constitutionnelle et les déclarations du président Félix Tshisekedi sur l’impossibilité d’organiser des élections dans un territoire partiellement occupé nourrissent les interrogations autour de 2028, la question de l’identification revient progressivement au centre du débat public.
À ce stade, l’identification de la population n’est pas officiellement présentée comme une condition préalable à l’organisation des élections de 2028. Mais l’étude met en évidence plusieurs ambiguïtés autour de la mutualisation entre la Ceni, l’Onip et l’Institut national des statistiques (INS), ainsi que des tensions autour du futur fichier électoral.
La note revient également sur les difficultés administratives liées à l’identification de la population : centralisation et actualisation des données démographiques, faibles capacités des services étatiques, manque d’infrastructures et difficultés de coordination entre les institutions concernées.
Enfin, l’étude aborde les enjeux financiers et les risques de corruption liés aux marchés publics de l’identification biométrique et de l’enrôlement des électeurs, alors que le coût élevé de ces opérations soulève de nouvelles interrogations sur leur faisabilité et leur financement.