Bulletin #4 - IVG en RDC - Protection des droits des femmes : obstacles, enjeux et perspectives
Édito
IVG en RDC : autorisée par un traité, pénalisé par la loi
Près de 18 ans après la ratification du protocole de Maputo, l’interruption volontaire de grossesse (IVG) demeure un point de tension juridique majeur en République démocratique du Congo (RDC). L’accès à l’avortement sécurisé reste pénalisé par la législation congolaise, notamment les articles 165 et 166 du code pénal, tandis que les normes sociales et culturelles (La dominantion de la religion, la pression communautaire et familiale, la stigmatisation, la vision traditionnelle du rôle féminin,etc.) demeurent largement hostiles à une évolution sur cette question. Comment concilier l’application du protocole de Maputo, la protection des droits reproductifs des femmes et les barrières socio-culturelles ?
La non application du protocole de Maputo met en lumière l’écart important qui existe entre le code pénal congolais et les engagements régionaux du pays. Ceci révèle la nécessité d’harmoniser les textes et de passer des engagements formels à leur application effective. La ratification de ce protocole offrira des possibilités juridiques précises pour l’IVG dans des cas strictement définis.
En RDC, une confusion juridique persiste, certains magistrats demeurant réticents à appliquer le protocole de Maputo, préférant se référer au code pénal, malgré la publication du protocole au Journal officiel.
L’enjeu n’est donc ni de généraliser l’IVG ni de dépénaliser l’avortement de manière globale, mais bien d’encadrer les cas prévus par le procotole Maputo afin de préserver la santé et la vie des femmes. L’IVG est souvent la conséquence de grossesses non désirées, qui pourraient être évitées par une meilleure vulgarisation des méthodes de contraception et une éducation complète à la sexualité. Comment prévenir les avortements clandestins ? Comment aborder ce sujet sensible sans heurter les considérations éthiques et religieuses ?
Le sujet de ce numéro du Bulletin 2020 était au centre d’un hackathon législatif, organisé par Ebuteli. L’occasion de revenir sur l’itinéraire de la ratification du protocole de Maputo, son entrée en vigueur, les avancées enregistrées et les défis persistants. Il est ici question de souligner les réformes à envisager pour harmoniser les textes et les pratiques, notamment la révision du code pénal, la formation du personnel médical et judiciaire, et la subvention des services d’IVG pour les femmes les plus vulnérables.
Il s’agit d’une démarche progressive et collective, nécessitant l’implication non seulement de la société civile, du législateur et du pouvoir judiciaire, mais aussi de l’exécutif, afin d’aligner enfin les droits et la santé des femmes congolaises sur les engagements pris par la RDC au niveau continental.
Jessé Busomoke, assistante de recherche du pilier politique
Les ADF pénètrent dans le Haut-Uele, les enlèvements à un niveau record
Résumé
Le mois de mars 2026 a été marqué par un record d’enlèvements : 544 ont été documentés, ce qui est un record mensuel depuis la reprise du Baromètre sécuritaire du Kivu (KST) en octobre 2025, voire un record absolu. La plus grande partie de ce total est le fait des Forces démocratiques alliées (ADF) responsables de l’enlèvement de plus 400 civils sur le territoire de Mambasa. Le groupe a par ailleurs été repéré pour la première fois dans la province du Haut-Uele, confirmant son déplacement vers l’intérieur du pays, une dynamique observée depuis le début de l’opération conjointe des armées ougandaises et congolaises Shujaa, en 2021.
Les ADF ont également exercé une influence sur la cité de Mambasa-centre en imposant notamment des taxes aux habitants de sa périphérie.
Dans les zones sous occupation de la rébellion du Mouvement du 23 mars (M23), les lignes de front sont restées relativement stables, malgré la poursuite des processus de paix de Washington et de Doha. De nombreuses exactions imputées au M23 ont été documentées dans les zones sous son contrôle. En outre, l’usage de drones s’est poursuivi, touchant de manière inédite la ville de Goma, chef-lieu du Nord-Kivu occupé par le M23.
Dans le territoire de Djugu, les massacres de civils perpétrés par la milice de la Coopérative pour le développement du Congo (Codeco) ont repris après plusieurs mois d’accalmie. Parallèlement, les Forces armées de la République démocratique du Congo (FARDC) ont poursuivi leurs offensives contre l’insurrection de la Convention de la révolution populaire (CRP).

Les ADF atteingnent la province du Haut-Uele, après des enlèvements et des tueries records
Le nombre d’incidents violents a très nettement augmenté au mois de mars sur le territoire de Mambasa avec 424 civils enlevés et 103 tués (contre aucune victime civile sur ce territoire le mois précédent).
Cette recrudescence peut s’interpréter comme des représailles des ADF à la suite des revers qu’elles ont subis de la part de l’opération Shujaa sur le territoire de Mambasa. Sur ce territoire, où se trouvait leur quartier général depuis au moins juillet 2025, et où ils avaient commencé à établir un semblant d’ancrage local, avec notamment le prélèvement de taxes et la tenue de prêches publiques, les ADF ont en effet subi plusieurs attaques en début de mois.
Le 3 mars, lors d'une patrouille conjointe dans le village de Muchanga (groupement de Bapwele, secteur de Babila-Bakwanza), les forces de l'opération Shujaa ont attaqué des combattants ADF qui se déplaçaient avec des captifs. La coalition FARDC-UPDF est parvenue à libérer sept otages abandonnés par les assaillants dans leur fuite, dont deux femmes et deux enfants.
Entre le 5 et le 8 mars, l’Uganda People's Defence Forces (UPDF) a mené des frappes d’artillerie contre quatre campements ADF situés dans le village d'Ekulungu (groupement d'Andibuta, chefferie des Walese-Karo). Le bilan provisoire de ces opérations fait état d’au moins dix combattants ADF tués, parmi lesquels figurent quatre officiers ainsi qu’un « médecin » des ADF.
En représailles, dans la nuit du 11 mars, des éléments ADF en provenance du territoire de Lubero (secteur de Bapere) ont attaqué le site minier de Muchacha (groupement d’Enjewa, secteur de Bombo-Bagumba). Ils ont occupé les lieux jusqu’au 23 mars, date à laquelle ils ont été délogés par les FARDC appuyées par les Volontaire pour la défense notamment ceux de la patrie (VDP) du groupe Front des patriotes pour la paix, Armée du peuple (FPP/AP) de Kabido venus de Biakato (chefferie des Babila Babombi). Le bilan provisoire de cette occupation s’élève à 67 civils tués. Par ailleurs, plusieurs civils ont été enlevés.
Fait inédit : outre les habitations, d'importantes infrastructures d'extraction aurifère appartenant à la société chinoise Kimia mining ont été incendiées.
Le 14 mars, des FARDC se rendant au site minier de Muchacha ont été la cible d'une embuscade tendue par des combattants ADF. Sept militaires, dont un officier au grade de major, y ont perdu la vie. Les assaillants se sont ensuite emparés d’armes et de munitions avant de se retirer.
Plus loin au nord de la cité de Mambasa, le même 14 mars, des combattants ADF ont mené une incursion dans le village d’Alambi (groupement d'Andali, chefferie des Walese-Dese), situé à environ 20 km au nord de Nduye, en direction de la province du Haut-Uele. Lors de cette attaque, ils ont enlevé six membres de la communauté Mbuti ainsi que le chef de la chefferie, les contraignant à transporter les biens pillés. Le chef coutumier a finalement été libéré le 17 mars.
Le même jour, dans le village de Nzaro (groupement d'Andape, chefferie des Walese-Dese), sur de l'axe Mambasa-Isiro, des combattants ADF ont attaqué un convoi de motards transportant des produits manufacturés en direction de Durba (Haut-Uele). Lors de cet assaut, 19 conducteurs ont été enlevés, tandis que leurs motos et plusieurs dizaines d'habitations ont été incendiées.
Le 18 mars, des éléments ADF ont mené une incursion nocturne dans le village de Babesua (groupement de Bafwabete, secteur de Bandaka) situé dans la Réserve de faune à Okapi (RFO), à 90 kilomètres à l'ouest de la Cité de Mambasa. Lors de cette attaque, quinze civils ont été tués, dont quatre femmes, et une dizaine d'autres ont été enlevés. Par ailleurs, deux véhicules et plusieurs habitations ont été incendiés.
Le 28 mars 2026, des combattants ADF ont mené une série d'incursions dans les villages de Babungwe, Babofi, Lumalisa et Bengasoli, situés le long de la RN4 (axe Mambasa-Lolwa). Lors de ces attaques, environ 390 civils ont été enlevés dans les zones périphériques et les champs. Vingt de ces otages ont été décapités à la machette le jour même.
Les ADF ont relâché sans condition 269 des otages emmenés depuis le territoire de Mambasa. Parmi les personnes libérées figurent les 19 motards enlevés le 17 mars, et qui s’étaient déclarés de confession musulmane, ainsi que d'autres civils relâchés sans motif connu.
Pour les otages toujours en captivité, les ravisseurs exigent des rançons dont les montants varient : de 2 500 dollars américains pour les personnes en possession d'un « jeton de taxe » (attestant un paiement préalable aux ADF) et jusqu'à 10 000 dollars américains pour celles n’en disposant pas.
Ces incidents témoignent de la poursuite du déplacement des ADF vers l’intérieur du pays, sous la pression de l’opération Shujaa, dynamique observée depuis le début de celle-ci en 2021, notamment vers l’ouest, en direction de la province de la Tshopo, ainsi que vers le nord, y compris désormais dans la province du Haut-Uele, où leur présence est confirmée pour la première fois.
Crise du M23 : exactions contre les civils et nouvelles attaques de drones
Poursuite de la bataille dans le Sud-Kivu
Au cours du mois de mars, les exactions à l'encontre des populations civiles se sont multipliées dans les zones contrôlées par le M23 : 61 civils ont été tués par le M23 au mois mars (contre 35 en février). Ces violences s'inscrivent dans une dynamique récurrente de représailles indiscriminées contre les individus soupçonnés d'entretenir des liens avec les milices Wazalendo et les FARDC.
Le 1er mars, de violents affrontements ont éclaté dans les villages Mikenge I et II (groupement de Basimukindji I, secteur d'Itombwe) occupés par la rébellion depuis février 2025. Ces combats ont opposé une coalition pro-gouvernementale — composée des FARDC (unité «Hiboux »), des Force de défense nationale du Burundi (FNDB) et des Wazalendo dirigés par William Yakutumba — à une alliance rebelle regroupant les Twirwaneho, les RED-Tabara et les FNL Zabampema, alliés au M23. Le bilan fait état de huit combattants alliés au M23 tués, de dix blessés et quatre éléments capturés. Du côté des FARDC, deux militaires ont perdu la vie et quatre autres grièvement blessés.
Le 2 mars, dans les villages de Bilalo Mbili, Kalingi Kisirita et Bidegu I (groupement Basimukindje I, secteur d’Itombwe), les FARDC, appuyées par les FDNB et des combattants Wazalendo, ont lancé une offensive contre les positions de la milice Twirwaneho et de ses alliés. À l'issue de ces affrontements, les forces régulières et leurs alliés ont délogé la coalition rebelle de ces trois localités. Le bilan fait état de 20 combattants tués parmi les rebelles, de quatre blessés et de six éléments capturés. Du côté des FARDC, six militaires ont été blessés.
Le 3 mars, dans le village de Nyamutiri (groupement de Lemera, chefferie des Bafuliru), des miliciens Maï-Maï de la faction Kahayihayi ont lancé une attaque contre des éléments du M23. Le bilan fait état d'un combattant tué dans les rangs du M23, ainsi que du pillage de 513 têtes de bétail par les assaillants. Le 6 mars, le M23 a attaqué des positions tenues par une coalition de miliciens Maï-Maï Kahayihayi et Maï-Maï Abdoul dans le village de Bulaga (groupement d'Itara Luvungi, chefferie des Bafuliru). Lors de cet affrontement, le M23 a de nouveau enregistré la perte d'un combattant.
Le 5 mars, dans ce qui s’apparente à des représailles, le M23 et les Rwanda Defence Force (RDF) ont lancé un raid sur le village de Ndolera (groupement d'Itara Luvungi, chefferie des Bafuliiru), capturant 39 personnes (dont 9 hommes âgés et 30 jeunes garçons) et les emmenant vers une destination inconnue. Un homme âgé accusé d'être le père de miliciens « Wazalendo » a été abattu à son domicile, tandis que trois jeunes garçons âgés de 16 et 18 ans, qui tentaient de fuir pour échapper à l’enlèvement, ont été tués par des éléments du M23.
Le 8 mars, les combattants M23 ont tué 11 civils au village de Kibirizi (groupement Luberizi, chefferie de la plaine de la Ruzizi). Ils les ont accusés d'espionnage pour le compte des FNDB.
Le 11 mars au village Point Zéro (groupement Basimukindje I, secteur d’Itombwe), des positions tenues par les FARDC et les combattants Wazalendo ont été visées par des drones kamikazes, ce qui est une première sur ce front. Cette frappe s'est soldée par la mort d'un militaire des FARDC, tandis que cinq autres ont été blessés.
Le 21 mars, au village de Bwegera (groupement de Luberizi, chefferie de la Plaine de la Ruzizi), six corps sans vie, dont ceux d’un homme et de cinq jeunes garçons, ont été découverts, emballés dans des sacs. Les volontaires de la Croix-Rouge de Luvungi ont procédé à l'inhumation de ces victimes, identifiées comme faisant partie des personnes précédemment enlevées par le M23-RDF dans les moyens plateaux d'Itara-Luvungi.
Le 24 mars au village de Karembo, (groupement Rumbimbi, chefferie de Ngweshe, territoire de Walungu), des combattants du M23, affectés à la sécurité d'exploitants miniers chinois, ont ouvert le feu sur un groupe de mineurs artisanaux locaux qui manifestaient pour réclamer le paiement de leurs arriérés de salaire. Le bilan provisoire fait état d’au moins 15 personnes tuées.
Des exactions commises par des milices alliées aux FARDC ont également été documentées. Le 23 mars au village Kusisa, (groupement Ziralo, chefferie de Bahavu), les éléments Nyatura du Mouvement congolais pour la défense du peuple et de l'intégrité nationale (MCDPIN) ont tué six civils (bergers) et ont emporté 34 têtes de bétail de la ferme
Nayisaba. Le 29 mars, au village Shanje (groupement Buzi, chefferie de Bahavu), ce même groupe a sommairement exécuté huit civils dans le territoire de Kalehe.
Au total, le Sud-Kivu a enregistré au moins 47 affrontements et la mort de 82 civils imputée aux différents belligérants dans les zones sous influence du M23.
Retrait du M23 de certains villages de Lubero
Entre les 23 et 26 mars, les combattants M23 se sont retirés de plusieurs villages de Lubero et Walikale. Ces retraits ont initialement pu être interprétés comme une conséquence de la rencontre organisée à Washington, les 17 et 18 mars ,entre les délégations de la RDC et du Rwanda pour relancer l'accord de juin 2025. Toutefois, le M23 est rapidement revenu dans certains de ces villages.
Le 29 mars, au village Malemo (groupement Bashali-Kayembe, chefferie Bashali), les combattants M23 ont tendu une embuscade aux Wazalendo et aux FARDC. Plusieurs combattants Nduma défense du Congo/Renové (NDC/R) ont été tués. Les Wazalendo et les FARDC se sont repliés vers Mpeti, avant la reconquête de ce village par les combattants du M23. À Lubero, les combattants du M23 sont revenus dans certains villages notamment Lubango, Mutondi, Kitsombiro. En revanche, les FARDC et les Wazalendo ont repris et convservé les villages de Kipese, Bukununu, Katondi, Lunyasenge, Kirikiri, Vunyakondomya, Kasima et Kasisi.
La ville de Goma touchée par les combats
Le chef-lieu de la province du Nord-Kivu ,sous occupation rebelle, qui avait été globalement épargné par la violence directe depuis le début de son occupation en janvier 2025, a été touchée par des affrontements au cours du mois de mars.
Le 11 mars, une résidence privée située dans le quartier Himbi a été frappée par un drone. Cette attaque a causé la mort d'un membre du personnel expatrié d'une agence des Nations unies. La cible était située à quelques dizaines de mètres de la résidence de l’épouse de Joseph Kabila, l’ancien président de la RDC aujourd'hui perçu comme proche de la rébellion. Les caractéristiques des impacts pointent vers l'utilisation d'un missile à fragmentation tiré par un drone MALE (Moyenne Altitude Longue Endurance).
Le 15 mars, le M23 a annoncé avoir tué 13 combattants Wazalendo et en a capturé trois autres, à la suite de leur incursion dans la partie nord-ouest de la ville de Goma. Trois victimes civiles ont été enregistrées lors de cet affrontement.
Le 7 mars, des drones MALE des FARDC ont également ciblé une position tenue par la rébellion de l’AFC/M23 à Mushaki, une localité du territoire de Masisi située à 36 kilomètres de Goma.

En Ituri, les FARDC intensifient les attaques contre la CRP et la Codeco reprend ses massacres
Les FARDC ont intensifié leur pression militaire contre la CRP, avec huit affrontements entre les deux acteurs, dont la majorité (cinq) a été déclenchée par les forces armées congolaises.
Le 5 mars, au village de Nyaka, dans le territoire de Djugu, les FARDC ont mené une attaque contre des positions tenues par des combattants de la CRP. Cette opération a fait un mort dans les rangs de la CRP et six parmi les civils. Le 6 mars, au village d’Iga Barrière, situé dans le secteur de Bahema-Baguru (territoire de Djugu), les FARDC ont procédé à une perquisition au domicile d’un présumé membre de la CRP. Au cours de cette intervention, ce dernier a été tué.
Le 7 mars, les FARDC ont lancé une nouvelle attaque contre une position de la CRP à proximité d’un camp de personnes déplacées internes (PDI) au village de Passion, toujours dans le territoire de Djugu. Les forces armées ont réussi à déloger les combattants de la CRP de la zone. Toutefois, les affrontements ont gravement blessé au moins un civil parmi les PDI, touché par des éclats d’un engin explosif. Le 10 mars, les FARDC ont affronté la CRP à Bule, une localité qu'elles contrôlent depuis février. À l'issue de cette attaque, qui a fait un blessé civil supplémentaire, l'armée congolaise a maintenu son emprise sur le village.
Après plusieurs mois d’accalmie relative, la Codeco a commis de nouvelles tueries de civils en mars. Le 11 mars, des miliciens de la branche Union des révolutionnaires pour la défense du peuple congolais (URDPC) ont mené une incursion dans les villages de Mbaa et Kosovo, situés respectivement à 5 et 7 km au sud de Bule (groupement Djaiba, secteur Bahema-Badjere), sur l'axe Bule-Fataki. Au moins 15 civils ont été tués lors de cette attaque. Le même jour, ils ont mené une autre incursion à Gokpa, sur l'axe Bule-Sumbuso, au cours de laquelle 17 PDI ont été abattus et huit autres ont été grièvement blessés.
Dans le village de Jupugwoko (groupement de Ruvinga, chefferie de Mokambo), d’autres combattants Codeco-URDPC ont arrêtés sept hommes, accusés de ne pas avoir participé aux travaux de construction du campement de la milice dans la localité. Les victimes ont été conduites vers ce même campement. À ce jour, le sort de ces otages demeure inconnu.
Quatre hommes ont été enlevés le 10 mars, par les Codeco-URDPC au village Jupanjaya (chefferie de Mokambo, groupement Ruvinga), pour non-participation aux travaux communautaires instaurés par le groupe. Ils ont été libérés le 15 mars 2026 après avoir payé une somme de 200 000 francs congolais (environ 86 dollars américains) et remis deux chèvres chacun.

À propos
Ebuteli est un institut congolais de recherche sur la politique, la gouvernance et la violence, basé à Kinshasa.
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Crise du M23 : la guerre des drones s’intensifie
Résumé
Au cours du mois de février 2026, le Baromètre sécuritaire du Kivu a documenté au moins 207 incidents sécuritaires, dont 94 affrontements armés, 29 enlèvements et 84 tueries de civils. Bien que ce total mensuel soit le plus bas depuis octobre 2025, il ne traduit pas pour autant une amélioration de la situation sécuritaire dans l’est de la République démocratique du Congo (RDC). D’une part, le mois de février, plus court, enregistre mécaniquement moins d’incidents que les autres. D’autre part, certains actes de guerre qui se sont produits parfois hors de la zone de couverture du projet et sans faire de victime, comme les attaques de drone kamikazes sur l’aéroport de Kisangani n’apparaissent pas dans ces données mais témoignent néanmoins d’une intensification du conflit.
L’Alliance fleuve Congo/ Mouvement du 23 mars (AFC/M23) et l’armée rwandaise ont été impliqués dans la majorité des affrontements armés (48 sur 92). Ils se sont notamment concentrés sur le territoire Masisi, au Nord-Kivu avec 28 incidents documentés, soit près d’un tiers du total. L’AFC/M23 a également revendiqué de nouvelles attaques de drone sur l’aéroport de Kisangani, principal centre de commandement des drones des Forces armées de la République démocratique du Congo (FARDC).Ceci n’a pas empêché les FARDC d’intensifier leur usage de drones contre l’AFC/M23, lui infligeant des pertes significatives.
Les Forces démocratiques alliées (ADF) ont été auteures de la majorité des homicides (56 civils tués) et des enlèvements perpétrés par des acteurs armés durant la période.
Dans la province de l’Ituri, les combattants de la Convention pour la révolution populaire (CRP) ont poursuivi leurs actions violentes. Ils ciblent désormais des civils, y compris des notables issus de la communauté Hema, qu’ils prétendent protéger. Les combattants de la Coopérative pour le développement du Congo (Codeco) ont en revanche continué à observer une certaine retenue.

M23 : les offensives aériennes s'intensifient
Les principales lignes de front entre la coalition gouvernementale et l’AFC-M23/Forces de défense rwandaises (RDF) sont demeurées figées et aucune reconfiguration territoriale majeure n’a été enregistrée depuis le retrait des troupes de la rébellion de la ville d’Uvira en janvier. Ceci ne signifie toutefois pas une accalmie. L’utilisation des vecteurs aériens par toutes les parties au conflit du M23 est de plus en plus fréquente. Le 1er et le 5 février, l'aéroport international de Bangboka, dans la ville de Kisangani, a été cible d’une série d’attaques par drones kamikaze, revendiquée par la rébellion de l’AFC/M23.
Elle visait, selon les rebelles, le centre de commandement des drones de l'armée congolaise. Ces engins auraient été abattus par les FARDC et leurs alliés sans faire de dégâts, selon des sources sécuritaires. Le 24 février, les FARDC ont ciblé une maison située dans la ferme de Kishusha près de la cité minière de Rubaya, en territoire de Masisi dans la province du Nord-Kivu. Selon plusieurs sources concordantes, une réunion du commandement militaire de la rébellion s’y tenait. L'attaque de a fait au moins neuf morts, dont le « colonel » Willy Ngoma, porte-parole militaire du M23.
Les affrontements se sont également poursuivis, notamment entre le M23 et les Forces démocratiques pour la libération du Rwanda (FDLR). Le 1er février, dans le territoire de Rutshuru, au village Chahi, des combattants du M23 en patrouille sont tombés dans une embuscade tendue par des éléments des FDLR. Il pourrait s’agir de représailles suite aux attaques du M23 sur leurs positions survenues au mois de janvier. Les affrontements ont duré près d’une heure avant que les combattants FDLR ne se replient vers le Parc national des Virunga (PNVi). Le 8 février, dans le même village, les combattants du M23 ont attaqué des positions tenues par les FDLR. Les échanges de tirs ont duré près de quatre heures. Par crainte de représailles, les habitants ont déserté leurs villages. Aucun bilan humain n’a été rapporté. Le 3 février, dans le groupement Mutanda, au village Kabuhendo, des combattants du M23 ont attaqué des positions occupées par les FDLR. Les affrontements ont duré environ deux heures avant que les FDLR ne se replient en direction du PNVi. Le lendemain, 4 février, dans le même village, les FDLR ont tenté de reprendre leurs positions. Ils sont alors tombés dans une embuscade tendue par les combattants du M23. Les affrontements qui ont suivi ont fait quatre morts dans les rangs des FDLR, qui ont ensuite été dispersés.
Des exactions sommaires ciblées contre les civils continuent aussi d’être rapportées.
À la suite des affrontements ayant opposé les Wazalendo Kamama au M23 le 18 février à Lemera dans le territoire d’Uvira, des opérations de ratissage menées par le M23 ont été suivies de plusieurs exécutions sommaires. La Croix‑Rouge locale a procédé à l’inhumation de 11 corps, tous des hommes.

Les ADF poursuivent leurs tueries
Malgré une légère baisse du nombre de victimes civiles par rapport au mois de janvier, les ADF sont restés le groupe le plus meurtrier dans la zone couverte par le projet KST. Ils ont tué au moins 56 civils au cours du mois de février, dont 32 en territoire de Lubero (le centre de gravité habituel des massacres ces derniers mois), 23 en territoire de Beni et un en territoire d’Irumu. Les ADF sont également responsables de l’enlèvement d’au moins seize civils et ont été impliqués dans cinq affrontements contre les FARDC et les Wazalendo.
Le territoire de Mambasa a connu plusieurs mouvements de troupes des ADF, mais relativement peu d’exactions, hormis la collecte de paiement pour des « jetons » et les taxes d’exploitation que les rebelles imposent aux populations locales depuis novembre 2025.
Ailleurs, les ADF ont continué à commettre des tueries, dont notamment des embuscades sur les axes secondaires fréquentés par des motos, et des destructions d’infrastructures civiles.
Lors d’une attaque ADF au village Mamove, le 1er février, deux hommes ont été tués, et 10 maisons d’habitation ainsi que 57 boutiques et dépôt de marchandise ont été incendiées. Le 3 février dans le territoire de Beni, les ADF ont tué quatre agriculteurs sur le tronçon Oicha-Mamove, à Malibo. Les assaillants ont également brûlé huit motos. Le même jour, les ADF ont fait une incursion au village Mulolya où ils ont tué huit civils dont une femme. Le 5 février, les ADF ont fait une incursion dans la commune d’Oicha, où ils ont tué deux hommes et brûlé quatre motos au quartier Mabasele avant de se retirer. Au village de Mangadu, les ADF ont tué cinq personnes, dont une femme, le 10 février. Le 12 février, sur l'axe routier Mbau-Mandumbi, deux motocyclistes ont été tués par des ADF à Ilimba. Les assaillants ont aussi brûlé leur moto.
À Mambimbi et Boti, le 6 février, au moins 16 personnes ont été tuées par les ADF, qui ont également incendié sept maisons. Ces incursions ont provoqué un déplacement massif de la population locale et un nombre élevé d’autres personnes sont portées disparues. Le 7 février, les corps de six des personnes enlevées ont été retrouvés décapités, et le 10 février quatre corps supplémentaires ont été retrouvés.
Le 27 février, dans le territoire d’Irumu, des combattants ADF ont attaqué une position des FARDC au village Machongani, sur l’axe Luna–Komanda. Le bilan fait état de deux militaires FARDC tués. Une épouse de militaire a également été tuée sur le champ, tandis qu’une autre est décédée des suites de blessures par balle et une troisième a été grièvement blessée. Lors de cette attaque, les assaillants ont récupéré une arme appartenant aux FARDC et ont également incendié deux motos avant de se retirer.
La bataille pour le contrôle de Bule se poursuit
En Ituri, la dynamique du conflit a été dominée par l’activisme de la CRP comme le mois précédent. Un affrontement violent entre la CRP et les FARDC a été signalé le 4 février à Bule, localité située à environ 10 kilomètres au sud-est de Fataki. À l’issue de ces combats, la CRP a repoussé les FARDC aux marges de la cité qu’elles contrôlaient depuis le 16 janvier 2026. Les FARDC ont lancé une contre-attaque le même jour, sans toutefois reprendre la cité. Selon les sources locales, deux civils soupçonnés de collaboration avec les FARDC auraient été tués par la CRP.
Deux autres attaques contre une position des FARDC ont été signalées le 10 et le 11 février à Bule.
FARDC et CRP se sont également affrontés à Sanzi, à 5 kilomètres au nord-ouest de Nizi, provoquant la mort d’un civil et la blessure grave de trois autres par balles perdues. Au total, quatre affrontements ont opposé la CRP aux FARDC pour le contrôle de la localité de Bule durant ce mois de février. A la fin du mois, son contrôle restait contesté, avec des positions à la fois de la CRP et des FARDC.
Outre les victimes collatérales des affrontements armés, la CRP pourrait être également responsable de morts violentes de civils dans le territoire de Djugu, notamment pour intimider les membres de la communauté Hema réticents à les soutenir. Le 7 février, au village de Sapali, situé à 1 km au nord-ouest de Bule, les habitants ont découvert huit corps sans vie. D’après les sources locales, les victimes seraient des membres de la communauté Hema qui refusaient de rejoindre leur cause.
Au mois de janvier, la CRP avait déjà tué le président de la société civile de Bule et enlevé celui de la Fédération des entrepreneurs du Congo (FEC). Tous deux appartenaient à la communauté Hema.
Entretemps, les FARDC continuent de suspecter l’armée ougandaise (UPDF) de soutenir la CRP. Lors de ce mois, ce soupçon s’est notamment renforcé du fait de la proximité observée entre la CRP et les UPDF dans la localité de Savo et de l’inaction des UPDF vis-à-vis de cette milice, y compris, lors de ses attaques contre les FARDC.

À propos
Ebuteli est un institut congolais de recherche sur la politique, la gouvernance et la violence, basé à Kinshasa.
Vingt ans de Constitution en RDC : comment la pratique du pouvoir a fragilisé l’équilibre institutionnel
Et si le débat sur la réforme constitutionnelle détournait l’attention d’un enjeu plus fondamental : l’application effective des règles existantes ?
Aujourd’hui, Ebuteli publie une nouvelle note de sa série sur les réformes institutionnelles, intitulée Vingt ans de Constitution en RDC : comment la pratique du pouvoir a fragilisé l’équilibre institutionnel. Cette étude met en évidence les écarts entre les mécanismes prévus par la Constitution et leur mise en œuvre dans la pratique.
La note établit un constat central : les déséquilibres institutionnels observés tiennent moins au texte qu’aux pratiques politiques qui s’en écartent ou en contournent les mécanismes. Ils se traduisent notamment par un affaiblissement du contrôle parlementaire, une présidentialisation de fait du régime et une décentralisation inachevée.
Sur le plan parlementaire, les données collectées par Talatala montrent qu’entre mars 2021 et décembre 2025, 458 moyens de contrôle et d’information ont été déposés, dont seulement 22 ont été examinés. Cet écart illustre la faible activation des mécanismes de redevabilité pourtant prévus par la Constitution.
Au sein de l’exécutif, la pratique tend à renforcer le rôle du président de la République au détriment du gouvernement, contribuant à une présidentialisation de fait du régime. Par ailleurs, la décentralisation reste largement théorique, l’autonomie provinciale demeurant conditionnée dans la pratique.
La note souligne également que le débat constitutionnel reflète souvent des rapports de force politiques, tandis que le recours récurrent au dialogue politique tend à contourner les procédures ordinaires de responsabilité.
Face à ces constats, Ebuteli recommande de prioriser l’application effective des règles existantes et le renforcement des mécanismes de contrôle, avant d’envisager d’éventuelles réformes constitutionnelles.
Esclation and Restraint in Conflicts in the Democratic Republic of the Congo
Aujourd’hui, REFRACT et Ebuteli publient leur rapport intitulé Escalation and Restraint in Conflicts in the Democratic Republic of the Congo. Ce rapport propose une analyse approfondie des dynamiques d’escalade et des mécanismes de retenue dans les conflits congolais au cours des trois dernières décennies.
Premièrement, le rapport souligne la nécessité de porter autant d’attention aux moments et aux contextes où la violence a été évitée ou réduite qu’aux épisodes d’escalade. Ceci part d’un constat : les analyses se concentrent trop souvent sur les causes du déclenchement des conflits, tout en négligeant les facteurs qui permettent leur atténuation.
Deuxièmement, l’étude démontre qu’aucune cause unique – qu’il s’agisse des minerais, de la faiblesse de l’État ou des ingérences étrangères – ne peut expliquer à elle seule la persistance des violences. L’escalade et la retenue résultent d’interactions complexes entre facteurs politiques, économiques, sociaux et historiques.
Le rapport consacre une étude de cas approfondie à la province de l’Ituri, qui illustre l’alternance entre périodes de violence intense (1999–2005), phase relative de stabilisation (2005–2017), puis nouvelle escalade à partir de 2017 avec la montée du groupe armé la Coopérative pour le développement du Congo (Codeco).
Cette étude met en lumière le rôle des rivalités régionales et des interventions étrangères ; l’importance des conflits fonciers et des inégalités culturelles ; l’instrumentalisation politique des identités communautaires ; les limites des réponses strictement militaires ainsi que l’impact fragile des démobilisations et des initiatives locales de réconciliation. Le rapport appelle à la mise en place d’un processus de paix capable de renforcer les institutions publiques, d’encadrer durablement la démobilisation des groupes armés, de traiter les causes structurelles des conflits et de réduire les ingérences externes.
Lire et télécharger le rapport en version anglaise. La version française suivra prochainement.
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- Jan 13, 2026Source
« D’abord, il faut clarifier. Il y a un besoin de cohérence par rapport aux autres processus. On ne peut pas laisser quatre processus évoluer dans tous les sens. Aujourd’hui, nous avons le processus de Luanda, celui de Washington, l’initiative de la CENCO, le processus de l’Union africaine, et maintenant celui de l’Angola. Il est important de mettre de l’ordre, de situer le processus de Luanda, et éventuellement d’en clore certains ou de les harmoniser.»
Fred BaumaEbuteli - Jan 13, 2026Source
« D’abord, il faut clarifier. Il y a un besoin de cohérence par rapport aux autres processus. On ne peut pas laisser quatre processus évoluer dans tous les sens. Aujourd’hui, nous avons le processus de Luanda, celui de Washington, l’initiative de la CENCO, le processus de l’Union africaine, et maintenant celui de l’Angola. Il est important de mettre de l’ordre, de situer le processus de Luanda, et éventuellement d’en clore certains ou de les harmoniser.»
Fred BaumaEbuteli - Jan 13, 2026Source
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Fred BaumaEbuteli





