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Les angles morts du dialogue national en RDC

Les angles morts du dialogue national en RDC

Jul 24, 2026
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Le 17 juillet, le cardinal Fridolin Ambongo a annoncé la convocation d’un dialogue national inclusif, après une audience entre le président de la République Félix Tshisekedi et les confessions religieuses. Depuis, plusieurs voix s’élèvent déjà pour clarifier ce que ce dialogue serait ou ne serait pas. Le pouvoir en place tente de fixer ses lignes rouges et pose les conditions de participation. De son côté, l’opposition exige des garanties et prévient ne pas renoncer à la défense de l’ordre constitutionnel.

Le dialogue sera-t-il une solution aux différentes crises ou un nouveau processus de plus ?

Bonjour, 

Je suis Jessé Busomoke, assistant de recherche au pilier politique à Ebuteli. Vous écoutez le 29e épisode de la saison 6 de Po Na Biso, la capsule audio d’Ebuteli, qui analyse, chaque semaine, un sujet de l’actualité congolaise. Nous sommes le vendredi 24 juillet 2026. 

Le « dialogue national inclusif » annoncé pour résoudre les crises internes en RDC suscite plusieurs interrogations qui nécessitent une clarification avant sa convocation et ce n’est pas sans raison. La fracture de l’opposition, les désaccords sur l’agenda, le débat sur le degré d’inclusion font partie des épisodes de déjà-vu qui ont marqué les précédents dialogues politiques. Aujourd’hui encore, à la veille du nouveau dialogue annoncé, les mêmes + surgissent. 

Premièrement, la question de l’inclusivité divise. Si le pouvoir s’attarde sur l’exigence de nommer le Rwanda comme agresseur et d’exclure ceux qui ont pris les armes contre la République, cette ligne reste ambiguë. D’autant que Kinshasa parle déjà avec l’AFC/M23 dans le cadre du processus de Doha. Le parti Ensemble de l’opposant Moïse Katumbi estime qu’il faut ouvrir les portes même à ceux qui ont pris les armes pour fédérer les vues de tous les Congolais et résoudre efficacement la crise actuelle. La plateforme « Sauvons la RDC » autour de l’ex président Joseph Kabila, condamné à mort, est-elle concernée ? Matata Ponyo, leader du parti Leadership pour la gouvernance et le développement (LGD), condamné pour détournement de fonds publics, sera-t-il de la partie ? Alors, cette quête d’inclusivité ouvre un débat plus large. Un dialogue politique peut-il prétendre être inclusif tout en excluant certains acteurs majeurs de la crise ?

Deuxièmement, le contenu du dialogue reste lui aussi en débat. En attendant l’ordonnance du chef de l’État pour préciser la durée, le format et la méthodologie, Patrick Muyaya, porte-parole du gouvernement, affirmait lors de son briefing du vendredi dernier la volonté de constituer un bloc national face à l’agression rwandaise autour du président de la République. À l’inverse, Delly Sessanga, l’un des leaders de la Coalition Article 64 pour la défense de l’ordre constitutionnel (C64), évoquait dans un X Space cinq dimensions de crise sur lesquelles le dialogue devrait se pencher : la crise militaire et sécuritaire, la crise de gouvernance, la crise du processus électoral, la crise sociale et enfin la « crise constitutionnelle ».

Comme on le voit, avant l’ouverture du dialogue, les parties doivent se mettre d’accord sur les sujets du dialogue. De quoi parlera-t-on réellement ? De la guerre uniquement ? Ou des causes politiques plus larges qui, selon une partie de l’opposition, alimentent la crise actuelle ?

Troisièmement, les rôles flous des facilitateurs inquiètent. L’ouverture de l’initiative CENCO-ECC à d’autres confessions religieuses notamment les Églises de réveil du Congo, la Communauté islamique et les Kimbanguistes, pour harmoniser une feuille de route du dialogue, témoigne d’une volonté d’élargir la facilitation et, sans doute, de diluer l’influence des catholiques et des protestants. Mais elle soulève des inquiétudes sur la lisibilité du processus. Les affinités soupçonnées des uns à l’égard du régime en place et des autres à l’opposition renforcent la méfiance de certains acteurs.

Or, dans un dialogue politique, la confiance dépend aussi de ceux qui sont chargés de rapprocher les positions. Une facilitation contestée dès le départ risque de devenir elle-même un sujet de discorde.  

Quatrièmement, le lieu dérange. Nombreux opposants incarcérés à Kinshasa et dont les dossiers sont sans suite, ceux étant en exil et dont les passeports sont confisqués par les services de migration ou sont arrivés à expiration pourraient eux aussi être concernés par le dialogue national. Mais comment s’ils ne peuvent pas se déplacer ? Ou s’ils craignent d’être poursuivis à Kinshasa ? 

Le pays est perçu par l’opposition comme un lieu non approprié au regard des libertés publiques et politiques restreintes. L’opposant Delly Sesanga a notamment qualifié « la ville de Kinshasa de propice aux pressions politiques ». Le pouvoir, de son côté, insiste sur la souveraineté nationale et estime que le dialogue doit se tenir sur le territoire congolais, « dans le respect des institutions et de la Constitution ». 

Le débat dépasse ainsi le simple choix d’une ville. Il porte donc aussi sur les garanties offertes aux participants : pourront-ils s’exprimer librement, circuler sans contrainte et défendre leurs positions sans pressions ? 

Cinquièmement, la composition du dialogue interroge sa finalité. Pour certains, la crainte est de voir dans le dialogue une opportunité d’agrandir le gâteau avant son partage plutôt qu’un espace franc dont l’ultime but est la restauration de la paix, de l’intégrité territoriale et de la cohésion nationale. 

Quelles structures de la société civile participeront à ce dialogue ? Prendra-t-il en compte les jeunes et les femmes ? En tout cas, les participants restent à déterminer, mais si le dialogue laisse de côté des acteurs qui comptent dans la crise, il risque surtout de produire de nouveaux frustrés, c’est-à-dire les contestataires de demain.

Sixièmement, le rôle des pays de la région nécessite lui aussi des clarifications. L’annonce de la convocation du dialogue national serait le fruit de tractations de plusieurs mois, amorcées notamment dans le cadre du processus de Luanda. Les derniers développements  ont vu le président burundais, qui assure la présidence de l’Union africaine, consulter l’opposition et les confessions religieuses avant que Brazzaville ne reçoive à son tour la CENCO. Reste à savoir quel rôle ces États vont jouer dans la suite du processus : facilitateurs, garants d’éventuels engagements ou médiateurs en cas de blocage ?

En attendant l’ordonnance du chef de l’État qui fixera les conditions de convocation du dialogue, une question demeure : dans un contexte clivant et superposé par plusieurs initiatives de paix, le dialogue national inclusif serait-il une panacée ? Si oui, à quoi concrètement ? 

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