Ebola en RDC : système de santé parallèle, effet pervers de la Réponse
Le 1er août 2018, la dixième épidémie d'Ebola a été déclarée en RDC. Si les neuf précédentes épidémies d’Ebola qui ont frappé le Congo étaient d’une ampleur relativement faible, la dixième, classée deuxième plus importante épidémie au monde, a été particulièrement virulente. Les difficultés habituelles pour endiguer une maladie infectieuse dans des zones urbaines, avec un accès limité à l’eau courante, une population mobile et un système de santé faible, ont été exacerbées par la dynamique des conflits qui affecte la région touchée depuis 2013. Malgré des investissements internationaux importants, il a fallu près de deux ans pour contenir l'épidémie. Plus de 2 200 Congolais ont perdu la vie.
Ce rapport du Groupe d’étude sur le Congo, le premier d’une série de trois consacrée à l’épidémie d’Ebola au Congo, examine les aspects de santé publique liés à cette réponse internationale. Nous soutenons que cette épidémie est apparue à l'intersection de deux histoires : la perception d'Ebola comme une menace mondiale pour la sécurité sanitaire d’un côté et, de l’autre, la privatisation et l’affaiblissement du système de santé congolais. Ces deux tendances ont conduit la coalition des donateurs à mettre en place des structures parallèles au système de santé existant et dirigées en grande partie par des personnes extérieures. Ce système parallèle a eu du mal à être accepté par des communautés locales méfiantes, beaucoup suspectant ces étrangers d’être venus pour profiter de la maladie. Ce qui a conduit à un manque de collaboration, voire à des attaques violentes, alimentant un cycle de militarisation.
Les importants progrès scientifiques et cliniques réalisés au cours de cette épidémie ont révolutionné le traitement de l'Ebola et transformé cette maladie en une maladie pouvant être évitée et traitée par un vaccin.
Pourtant, le fait que la Réponse soit restée extérieure aux structures de santé familières à la communauté a considérablement compromis son efficacité. Ce qui a pu prolonger l'épidémie et contribuer à la violence.
Cette approche n'est pas nouvelle. Au cours des dernières décennies, les donateurs ont réagi au délabrement du système de santé congolais en concevant des interventions qui ciblent des maladies spécifiques, souvent par le biais de structures parallèles. Bien qu'il s'agisse de solutions à court terme, elles finissent par compromettre à long terme le système de santé existant et ne permettent pas de contenir efficacement la maladie.
Si l'on veut prévenir ou endiguer efficacement les futures épidémies, il faut reconstruire le système de santé congolais. Cela permettrait de réduire les réponses internationales aux épidémies à un rôle de soutien, voire de les éliminer complètement.