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Les ADF mènent une incursion dans Mambasa-centre

Violence
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Les ADF mènent une incursion dans Mambasa-centre

May 20, 2026
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Résumé

Le Baromètre sécuritaire du Kivu (Kivu Security Tracker – KST) a documenté 231 incidents sécuritaires dans les provinces de l'Ituri, du Nord-Kivu et du Sud-Kivu au cours du mois d’avril.

Le nombre de victimes est en légère baisse par rapport à la moyenne observée dans la zone depuis octobre 2025. Après le pic considérable des enlèvements au mois de mars, principalement imputable aux Forces démocratiques alliées (ADF) dans le territoire de Mambasa, ce chiffre est revenu à un niveau proche de la moyenne constatée au cours des derniers mois. L'activisme des ADF perdure malgré les opérations Shujaa et il demeure  le groupe le plus meurtrier pour les civils dans la zone pour ce mois. Les ADF ont mené, pour la première fois, une attaque dans la cité de Mambasa et continuent de rançonner les civils en prélevant notamment des taxes illégales sur l’enregistrement des paysans et l'exploitation agricole.

Au moins 107 affrontements ont été recensés : 73 d'entre eux sont liés à la crise du Mouvement du 23 mars (M23) au Nord-Kivu et au Sud-Kivu, où les combats et les attaques de drones se sont poursuivis en dépit de la réunion de Montreux, en Suisse, dans le cadre du processus de Doha. Vingt-et-un autres accrochages ont été signalés en Ituri, principalement dans le territoire de Djugu, impliquant la Convention pour la révolution populaire (CRP). 

Ce groupe, qui continue de bénéficier du soutien tacite de l’Ouganda, a attaqué à plusieurs reprises les Forces armées de la République démocratique du Congo (FARDC). Ses actions ont servi de prétexte à la Coopérative pour le développement du Congo (Codeco), qui est intervenue en soutien aux FARDC et a commis des exactions contre les civils.

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La cité de Mambasa subit sa première incursion des ADF

Les opérations militaires Shujaa ne sont pas parvenues à endiguer les tueries perpétrées par les combattants des ADF sur les territoires de Beni, Mambasa, Lubero et d’Irumu.

Le 1er avril, au village Bafwakoa, en chefferie Bandaka dans le territoire de Mambasa, les ADF ont tué 43 civils, dont six femmes, lors d’une incursion. Ils ont enlevé plusieurs autres civils et incendié un camion benne, cinq motos et une dizaine de maisons avant de se retirer.  

Une étape inquiétante a été franchie dans la nuit du 5 au 6 avril avec la toute première attaque des rebelles ADF dans le centre de la cité de Mambasa. Après avoir dérobé des marchandises et des produits pharmaceutiques, les combattants ont enlevé sept civils pour les utiliser comme porteurs. Par leur présence persistante dans cette zone, les ADF maintiennent aujourd'hui un climat d'insécurité et constituent une menace directe pour cette agglomération.

Le 9 avril, lors d’une incursion au village Makoko, à 18 kilomètres de Mambasa-centre, en groupement Bapwele, chefferie des Babila-Bakwanza dans le territoire de Mambasa, les combattants ADF ont enlevé 27 personnes. Parmi ces otages, cinq ont réussi à s’échapper de leur captivité le 10 avril.

Le 11 avril, une nouvelle attaque attribuée aux combattants ADF a frappé le village de Belu, situé à une vingtaine de kilomètres à l'ouest de Tchabi-centre, en groupement Baley, secteur Bayali-Tchabi dans le territoire d’Irumu. Les assaillants ont abattu deux hommes et réduit en cendres six habitations. Cette incursion meurtrière a par ailleurs exacerbé les tensions intercommunautaires, des membres des communautés locales accusant la communauté Banyabwisha, originaire de la province du Nord-Kivu, de complicité avec les ADF.

À la mi-avril 2026, la coalition FARDC et les Force de défense du peuple ougandais (UPDF) a intensifié ses frappes d'artillerie contre les positions des ADF, permettant de secourir de nombreux civils. 

Le 15 avril, en groupement Bakwanza, chefferie des Babila-Bakwanza dans le territoire de Mambasa vers 11 heures, un pilonnage de campements rebelles dans la forêt de Tolitoli a favorisé l'évasion de 42 otages, qui ont ensuite été acheminés au camp des UPDF à Lolwa. 

Dès le lendemain vers 10 heures, un nouveau bombardement visant un bastion ADF à Bandibwame, sur les rives de la rivière Epulu, a abouti à la libération de 54 autres otages, dont 23 femmes. Enfin, le 18 avril à Mandondondo en chefferie des Babila Bakwanza, la coalition a détruit une pirogue que les rebelles utilisaient pour tenter de traverser la rivière Ituri, forçant les combattants et leurs otages à se disperser dans la forêt environnante.

Les ADF, qui sont restés le groupe le plus meurtrier de l’est de la RDC en avril, continuent de sévir en prélevant illégalement des taxes auprès des agriculteurs. Le 23 avril, le groupe a convoqué les habitants des villages de Ndioka, Sita Rudi, Leta, Credit et Matolo (chefferie des Babila Bakwanza) à des réunions afin de leur imposer le paiement de nouvelles taxes et redevances agricoles pour l’année 2026. Les rebelles ont fixé ces prélèvements à 30 000 francs congolais (environ 13 dollars américains) par personne pour les frais d'enregistrement, auxquels s'ajoutent 50 dollars américains pour le droit d'exploiter les champs. Cette extorsion a eu des conséquences tragiques : le 30 avril, un civil a été abattu à Ndioka en représailles pour son refus de payer.

Enfin, les ADF ont élargi leur zone d’influence au territoire de Watsa, dans la province de Haut-Uele.

Processus de Doha : poursuite des affrontements malgré l'ouverture du neuvième round de négociations à Montreux

En dépit de la tenue de discussions entre les délégations du gouvernement congolais et du M23 en Suisse au cours du mois d'avril, plusieurs affrontements ont opposé la coalition autour du M23 à celle qui soutient les FARDC, au cours desquels plusieurs civils ont perdu la vie.

Les 6 et 8 avril au village de Kahumiro, en groupement Mutanda, secteur Bwito dans le territoire de Rutshuru, des combattants du M23 ont attaqué les positions de la coalition Forces démocratiques pour la libération du Rwanda (FDLR ) et Collectif des mouvements pour le changement (CMC). Selon les sources locales, le bilan du premier jour a fait état de dix agriculteurs de Kibingu tués par le M23, dont six femmes et trois enfants. L’affrontement du 8 avril s’est soldé par la mort de huit combattants du M23 ainsi que et deux blessés dans leurs rangs, et de trois morts du côté de la coalition Collectif des mouvements pour le changement / Forces d’autodéfense du peuple Congolais (CMC/FAPC) et FDLR.

Les 21 et 22 avril, le M23 a de nouveau attaqué la coalition FDLR-CMC/Forces de défense du peuple (FDP) au village de Runzenze, dans le secteur de Bwito, dans le territoire de Rutshuru. Le premier jour, la coalition FDLR a tué cinq combattants dans les rangs du M23. Le lendemain, les FDLR ont tué quatre autres combattants du M23 et en ont blessé six. Ces derniers ont d'abord été évacués à Tongo pour recevoir des premiers soins, avant d'être transférés à Rutshuru où ils sont pris en charge.

L’intensification des affrontements, y compris par frappes de drones, a particulièrement été observée dans la province du Sud-Kivu notamment dans les hauts plateaux de Fizi, Uvira et Mwenga. Le 3 avril, les FARDC, appuyés par les Wazalendo, ont attaqué les positions du M23 et de ses alliés au village de Muranvya, en groupement Bijombo dans le territoire d'Uvira. Cette attaque a fait six morts dans les rangs du M23. 

Le 11 avril, le M23 et les Forces de défense rwandaises (RDF) ont ciblé, à l’aide des drones, une position des FARDC dans ce même village. Cette attaque a fait au moins 30 morts et neuf blessés dans les rangs des FARDC.

Le 10 avril, le M23 et les RDF avaient déjà ciblé par drones une position des FARDC au village de Membo, en secteur Bavira dans le groupement Kitundu, près de la ville d’Uvira. Cette attaque avait fait un bilan de douze morts et dix blessés dans les rangs des FARDC.

Le 12 avril, dans le territoire de Fizi, les FARDC ont mené une attaque de drones contre les positions de la coalition formée par les milices Twirwaneho, Red Tabara, Forces nationales de libération( FNL) et le M23. Les frappes, qui ont ciblé les villages de Gishigo, Madegu et Kitavi, ont entraîné d'importants dégâts matériels, détruisant plusieurs maisons et décimant une partie du bétail des habitants.

Le 19 avril, au village Point Zéro en groupement Basimukindji 1, secteur d’Itombwe, territoire de Mwenga, une attaque de drone kamikaze perpétré par la coalition Alliance fleuve Congo (AFC) et le M23, ciblant des positions FARDC a coûté la vie à cinq civils sur place (deux hommes et trois enfants). De plus, huit autres civils ont été grièvement blessés (quatre hommes et quatre enfants) et ont été transférés à l’hôpital général de Fizi pour y recevoir des soins appropriés.

Les FARDC et les Wazalendo intensifient leurs attaques contre les positions du groupe Twirwaneho allié au M23, dans le but de récupérer Minembwe et ses environs, qui sont sous le contrôle de cette milice depuis février 2025.

Néanmoins, et malgré ces combats, les lignes de front ainsi que l’ampleur du territoire contrôlé par le M23 ont globalement peu évolué au cours du mois d’avril.

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La CRP mobilisée contre les FARDC

Les hostilités opposant la CRP aux FARDC se sont maintenues dans la zone de Mabanga-Dala, autour du contrôle de la localité de Bule et le long de l’axe Bule-Sumbuso.

Le 9 avril, au village Tsukpa, en groupement Djaiba, secteur Bahema-Badjere dans le territoire de Djugu, trois civils ont perdu la vie et 20 miliciens CRP ont été tués lors d'une offensive FARDC contre la CRP. À l'issue de cette opération, l'armée a réussi à libérer deux otages, dont un policier et un acteur de la société civile locale. Au moins quatorze armes ont été saisies et une dizaine de positions rebelles situées entre Bule et Sumbuso sont passées sous contrôle des FARDC.

Dans la nuit du 28 au 29 avril, des combattants de la CRP ont attaqué un régiment des FARDC dans la localité de Ndje/Pimbo en secteur Walendu-Djatsi dans le territoire de Djugu.

Le bilan de cette incursion s'est élevé à seize morts, dont six militaires (parmi lesquels un officier) et dix civils, tous dépendants des militaires. Une jeep du régiment FARDC déployé à Pimbo a aussi été incendiée. En réaction, les FARDC, appuyées par des miliciens de la Codeco - Union des révolutionnaires pour la défense du peuple Congolais (URDPC), se sont lancées à la poursuite des assaillants CRP en repli. Cependant, au cours de cette traque, les éléments de la Codeco-URDPC ont commis un massacre en tuant 27 civils dans le village de Bassa. Ces violences ont provoqué l'interruption du trafic sur l'axe Bule-Sumbuso pendant deux jours, avant sa réouverture le 30 avril.

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Ebuteli est un institut congolais de recherche sur la politique, la gouvernance et la violence, basé à Kinshasa.                                

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