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L’AFC/M23 se retire d’Uvira, la bataille se poursuit dans les airs

Violence
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L’AFC/M23 se retire d’Uvira, la bataille se poursuit dans les airs

Feb 18, 2026
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Résumé

Au mois de janvier 2026, Ebuteli a documenté au moins 234 incidents sécuritaires, soit une diminution de 28 % par rapport au mois de décembre 2025. Les enlèvements sont, par contre, en hausse par rapport aux précédentes périodes. L'Alliance fleuve Congo/Mouvement du 23 mars (AFC/M23) et la Coopérative pour le développement du Congo (Codeco) sont responsables du plus grand nombre d’incidents de ce type, visant souvent des civils qu’ils accusent de collaborer avec leurs ennemis. Les ADF ont poursuivi les tueries de civils dans le territoire de Lubero. Alors que ces incidents se déroulaient dans la chefferie de Bapere en janvier, nous avons constaté une hausse du nombre de tueries dans le secteur de Baswagha.

Dans la province de l’Ituri, les affrontements entre les Forces armées de la République démocratique du Congo (FARDC) et la Convention pour la révolution populaire (CRP) se sont intensifiés. Après le retrait de l’AFC/M23 de la ville d’Uvira, en plus d’exactions sommaires, les affrontements se sont poursuivis dans le Nord-Kivu et le Sud-Kivu, avec une intensification des frappes aériennes et l’utilisation de drones kamikazes visant notamment l’aéroport de Kisangani. En dépit des processus de paix en cours, le conflit semble se poursuivre et s’enliser.

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En Ituri, la CRP résiste ; la baisse de l’activisme de la Codeco se confirme

Dans le territoire de Djugu, le KST a documenté dix affrontements armés, dont huit  ont opposé les FARDC à la CRP en janvier contre 13 en décembre. Le 5 janvier, la CRP a pris le contrôle de la localité de Bule, dans le territoire de Djugu, en chefferie de Bahema-Badjere. Du 15 au 16 janvier, les affrontements ont repris entre les FARDC et la CRP à Bule à la suite desquels onze combattants de la CRP ont été tués, quatre ont été capturés et deux civils ont été tués. Les FARDC ont repris le contrôle de Bule le 16 janvier.

Les FARDC continuent d’organiser des bouclages pour traquer les combattants de la CRP.

Comme en octobre et en décembre, la Codeco-URDPC a par ailleurs continué d’observer une relative retenue en janvier. Ses combattants ont néanmoins tué deux hommes lors d’un braquage survenu au village de Djadju, dans le groupement de Fataki, en territoire de Djugu, le 11 janvier. Dans le même village, ils ont tué un militaire FARDC et ont emporté son arme, le 18 janvier. Ils ont aussi enlevé 24 civils accusés de collaborer avec la CRP, dont une personne à Pakenge-Siro le 5 janvier, 17 personnes à Jupakpece le 21 janvier et six autres à Pimbo le 27 janvier.

Les tueries des ADF reprennent et ciblent les FARDC

Les ADF ont tué au moins 73 personnes au cours du mois de janvier. Ils ont aussi enlevé 36 civils.

Durant le mois de décembre 2025, les exactions des ADF avaient considérablement baissé (Ebuteli n’a documenté que six décès liés aux attaques des ADF) après le pic de 123 tueries documenté durant le mois de novembre. La reprise des tueries perpétrées par les ADF en janvier pourrait s’expliquer par la baisse de la pression des opérations militaires Shujaa à leur encontre dans cette zone. En plus des tueries survenues dans les territoires de Lubero et d'Irumu, les enlèvements de civils se sont étendus au territoire de Mambasa. 

Sur ce territoire, les ADF imposent aux populations locales des taxes sur les activités agricoles et y dispensent des prêches de sensibilisation à la conversion à l’Islam, un phénomène émergent, documenté pour la première fois en novembre 2025.

Les ADF sont en revanche très agressives à l’égard de l’armée congolaise et ougandaise. Une embuscade tendue par elles a ainsi fait 14 morts dans les rangs des FARDC à Banzu-Banzu le 7 janvier. C’est le bilan le plus lourd infligé par les ADF aux FARDC depuis octobre 2025.

Le territoire de Lubero, quant à lui, a été touché une nouvelle fois par les tueries après une relative baisse des incidents durant le mois de décembre 2025. Le 1er janvier, aux villages de Kilonge, Maendeleo, Katanga et Brazza dans le secteur de Bapere à l'ouest de Manguredjipa, les ADF ont tué 16 civils, incendié des habitations et enlevé cinq personnes. L'unité des FARDC qui est intervenue pour contrer cette attaque a perdu deux de ses hommes durant la contre-offensive. Au village de Mavwe-Mavwe, le 19 janvier, les ADF ont tué sept personnes, en ont blessé une autre avant d'incendier une douzaine de maisons.

Le 21 janvier, dans le cadre d'une série d'attaques dans le groupement Mwenye de la chefferie de Baswagha, les ADF ont investi le village de Mako, où ils ont tué six civils. Après Mako, les ADF ont tué un homme au village voisin de Mambau et cinq autres personnes, dont une femme, dans le village suivant, Lukono. Au cours de cette attaque, cinq structures sanitaires de la zone ont été vandalisées.

Dans le territoire de Mambasa, l’attaque la plus meurtrière durant la période sous examen est survenue le 25 janvier dans le secteur Walese Vonkutu, dans le territoire d’Irumu, province de l’Ituri, où les ADF ont tué au moins 22 civils au village d’Apakolo. 

Certains corps de victimes ont été piégés avec des explosifs par les assaillants, rendant ainsi leur inhumation difficile.

L’AFC/M23 se retire de la ville d’Uvira

Le 16 janvier, les rebelles de l’AFC/M23 se sont retirés de la ville d’Uvira. Ils se sont repositionnés à Sange, située à environ 30 km d’Uvira, carrefour d’accès aux moyens et hauts plateaux d’Uvira et de Fizi, notamment vers Mulenge et Lubarika.

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Alors que les FARDC et les Wazalendo reprenaient la ville le 18 janvier, plusieurs exactions s’en sont suivies, souvent liées à des tentatives d’extorsion. Les Mai-Mai Kuruninga ont tué un garçon dans le quartier Kalundu et un homme dans le quartier Kabindula, le 19 janvier.  

Les Mai-Mai Landa Bango ont tué une femme dans le quartier Sondo le 19 janvier. Le même jour, un groupe de dix hommes armés non identifiés a tué un homme dans le quartier de Kilibuli. Les assaillants l’ont accusé de collaborer avec le M23.

Au quartier Kasenga, lors d'un braquage, le 24 janvier, des hommes armés non identifiés ont tué un civil âgé de 22 ans.

En dehors de la ville d’Uvira, les FARDC, appuyés par la Force de défense nationale du Burundi (FDNB) et les Wazalendo, ont attaqué le 7 janvier les combattants du M23 au village de Kabimba et, le 10 janvier, au village de Kifuta, dans le groupement Kalungwe, en chefferie de Bavira, dans les moyens plateaux du territoire d'Uvira. 

Le 11 janvier, dans les hauts plateaux du territoire de Fizi, dans le groupement Basilocha, les Twirwaneho alliés au M23 ont attaqué les positions tenues par les FARDC et les Wazalendo au village d'Abala. En représailles, les FARDC ont ciblé le village de Mukoko avec des drones les 11 et 12 janvier et ont récupéré des armes et des munitions perdues à Abala. 

Le 29 janvier, la coalition rebelle Twirwaneho/M23/Red Tabara et les Forces nationales de libération (FNL) a attaqué les Mai-Mai Mutetezi Bolingo dans les villages de Kilumbi et d’Abala en territoire de Fizi. Cette attaque a fait un bilan de trois morts dans les rangs des Mai-Mai Mutetezi Bolingo. Les Twirwaneho ont occupé les zones autour du « point zéro », position stratégique pour le contrôle des hauts plateaux de Fizi et d'Uvira. La zone des moyens et des hauts plateaux avait été dégarnie par les FARDC pour se positionner dans la ville d’Uvira. 

Dans la plaine de la Ruzizi, à Sange, le 29 janvier, une grenade lancée par des combattants du M23 a tué cinq civils et en a blessé onze autres au quartier Rutanga dans la commune de Sange.

Des tueries de civils ont été documentées pendant et après le retour des groupes Wazalendo à Uvira. Bien que très préoccupantes, les exactions du mois de janvier sont en baisse par rapport à décembre 2025, marqué par la prise d’Uvira par le M23 (au moins 151 civils tués sur le territoire d’Uvira en décembre, contre 21 en janvier). 

En dépit du retrait de l’AFC/M23 d'Uvira, la frontière congolo-burundaise est restée fermée avec des incidences néfastes sur la situation socio-économique à Bujumbura et Uvira.

Les combats se poursuivent aussi au Nord-Kivu

La province du Nord-Kivu a concentré la majorité des affrontements (52 sur 113 documentés sur cette période), particulièrement sur le territoire de Rutshuru (24 affrontements). Durant la période sous analyse, au moins 52 personnes ont été tuées dans le sud de la province du Nord-Kivu. Le 6 janvier, au village de Rushaki, des combattants du M23 appuyés par des éléments des Rwanda Defence Force (RDF) ont attaqué des éléments de la Coalition des mouvements pour le changement du Congo (CMC/FAPC). Après trois heures d’intenses affrontements, les combattants CMC/FAPC se sont retirés dans les profondeurs du Parc national de Virunga (PNVi). Durant l’opération de ratissage qui s’en est suivie, huit civils accusés d’être des collaborateurs CMC/FAPC ont été tués par les combattants AFC/M23 et les militaires des RDF. 

Au village de Kirumba, en territoire de Rutshuru, dans la chefferie de Bwito située dans la zone sous contrôle  de l’AFC/M23 depuis plus d’une année, des combattants des Forces démocratiques de libération du Rwanda (FDLR) ont fait incursion le 8 janvier. Ils ont ciblé le domicile du chef de village désigné par la rébellion et l’ont tué avant de quitter le village. Ce dernier avait été nommé, notamment, pour faciliter la traque des FDLR dans la zone.

Intensification des offensives aériennes

Le 2 janvier, les FARDC ont ciblé par drone les combattants du M23 au village de Masisi en territoire du même nom. Cette attaque a fait un bilan de sept civils tués et de 40 blessés. Elle a aussi touché les installations de War Child, une organisation humanitaire internationale qui soutient les enfants et les familles affectés par le conflit armé.

Au quartier Kalundu, en ville d'Uvira le 14 janvier, une autre frappe aérienne par drone kamikaze des FARDC a ciblé et détruit un hôtel dans lequel se tenait une réunion du M23. Le bilan pourrait être de plusieurs dizaines de victimes parmi les civils, les combattants et les cadres du M23. 

Sur le territoire de Walikale, les FARDC ont opéré des frappes aériennes qui ont détruit les positions de l’AFC/M23 à Buleusa le 22 janvier. Le lendemain, d’autres frappes aériennes ont ciblé et détruit les bases logistiques de la rébellion dans les villages de Mpeti et Mindjendje situés à 18 kilomètres de Pinga.

Dans la nuit du 31 janvier au 1er février, alors que les négociations entre l’AFC/M23 et le gouvernement congolais reprenaient timidement dans le cadre du processus de Doha, l'aéroport international de Bangboka, dans la ville de Kisangani, a été la cible d’une attaque par drones kamikaze. Aucun de ces engins n’aurait fait de dégâts sur les installations des FARDC et leurs alliés, selon des sources sécuritaires. Ces attaques revendiquées par la rébellion de l’AFC/M23, visaient, selon les rebelles, le centre de commandement des drones de l'armée congolaise. Le modèle de drone utilisé (YIHA-III) suggère qu’ils n’ont pu être lancés qu’à moins de 300 km de l’aéroport, soit hors de la zone contrôlée par l’AFC/M23.

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À propos

Le Baromètre sécuritaire du Kivu est un projet d'Ebuteli qui documente et cartographie les incidents de violence dans l'est du Congo depuis 2017.

Ce rapport a été réalisé grâce au financement du Département fédéral Suisse des affaires étrangères (DFAE) et de la Bridgeway Foundation. Son contenu relève de la seule responsabilité d’Ebuteli. Il ne reflète pas nécessairement les opinions de la Suisse et de la Bridgeway Foundation.

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