Survivre et tuer : l’irruption des ADF dans les territoires d’Irumu, Mambasa et Lubero
Aujourd’hui, Ebuteli publie son rapport Survivre et tuer : l’irruption des ADF dans les territoires d’Irumu, Mambassa et Lubero. Cette étude analyse la recomposition stratégique et territoriale des Forces démocratiques alliées (ADF), dans l’est de la RDC et les impacts des différentes opérations militaires sur leur position.
Pendant près de trois décennies, le territoire de Beni a été l’ancrage historique des ADF, une rébellion islamique d’origine ougandaise. Toutefois, à la suite des opérations de « grande envergure », et surtout depuis l’opération conjointe Shujaa lancée en 2021 avec l’armée ougandaise (UPDF), les ADF ont été contraintes de quitter leurs zones d’influence historique. Elles se sont alors redéployées vers l’Ituri et le nord du Nord-Kivu, notamment dans les territoires d’Irumu, de Mambasa et de Lubero.
Les mouvements des ADF et l’intensification des massacres de civils sont historiquement liés aux offensives militaires dirigées contre elles. Dans le cadre de l’opération Shujaa, l’armée ougandaise a attaqué plusieurs camps des ADF, sans toutefois neutraliser ses principaux chefs. En réaction, les ADF se sont adaptées à ce mode opératoire en se déplaçant par petits groupes moins repérables. Elles ont trouvé de nouveaux lieux de refuge et de nouvelles occasions de massacrer les civils sans défense.
La faible coordination entre les FARDC et les UPDF, combinée au redéploiement des FARDC vers d’autres fronts – notamment contre la rébellion du Mouvement du 23 mars (M23) – a limité la capacité de l’État congolais à contenir efficacement les ADF. Cette dispersion des forces crée des vides sécuritaires dont les ADF tirent profit.
Notre analyse souligne également que, contrairement à Beni, les ADF ont eu plus de difficulté à exploiter des conflits communautaires dans ces nouvelles zones. L’ancrage territorial et communautaire nécessite un temps long que les ADF n’ont pas eu, étant donné qu’ils sont arrivés en fuyant des opérations, sans chercher à se sédentariser immédiatement pour éviter que leurs installations permanentes ne soient prises pour cible.
Deuxièmement, les ADF sont arrivées en Ituri avec la réputation « d'être tueurs de Beni », ce qui a fortement limité leur acceptation par les communautés locales.
Notre rapport souligne que le gouvernement congolais, en particulier, devrait s’engager beaucoup plus sérieusement à investir les ressources nécessaires pour mener des opérations militaires ciblées, démanteler les groupes armés et donner aux responsables administratifs locaux et aux groupes de la société civile le pouvoir et les moyens nécessaires pour promouvoir la réconciliation communautaire.