Élections 2028 en RDC : et si on ne se posait pas les bonnes questions ?
Ces derniers jours, les personnalités publiques proches de la coalition au pouvoir rivalisent de prises de position sur la nature du mandat du chef de l’État. Pour certains, le dernier quinquennat du président Félix Tshisekedi se serait transformé en mission de défense de la patrie face à l’agression. Pour d’autres, il faudrait tout simplement reléguer les élections au second plan tant que le pays est en guerre.
Mais si le vrai enjeu était ailleurs ?
Bonjour,
Je m’appelle Trésor Kibangula. Je coordonne les recherches sur la politique à Ebuteli. Vous écoutez le 4e épisode de la saison 6 de Po Na Biso, le podcast d’Ebuteli et du Groupe d’étude sur le Congo (GEC), qui, chaque semaine, donne notre point de vue sur un sujet d’actualité en République démocratique du Congo.
Nous sommes le vendredi 30 janvier 2026.
Cette semaine, la Commission électorale nationale indépendante (Ceni) a publié le calendrier de l’élection du gouverneur et du vice-gouverneur du Sankuru. Mais où en est-on avec l’exécution de sa feuille de route publiée en avril 2025 ? Car, à force de se demander, nuit et jour, s’il faut ou non organiser les élections en 2028, si le président Tshisekedi peut ou non se représenter, alors même que la Constitution ne l’autorise pas, la société civile, l’opposition et le pouvoir font la même chose : nous fuyons la vraie question. Le pays est-il réellement en train de se donner les moyens d’organiser des élections crédibles ?
C’est une chose de défendre l’idée selon laquelle la guerre peut justifier une suspension ponctuelle d’un scrutin. C’en est une autre de justifier, par la guerre, l’absence de préparation, de débat et de clarté sur le processus électoral lui-même. En Ukraine, souvent citée en exemple, la guerre a interrompu un processus électoral déjà structuré, dans un État qui fonctionnait. En RDC, il devient de plus en plus évident que la guerre sert aussi à masquer le fait que le chantier du nouveau cycle électoral n’est pas engagé.
Prenons un élément concret. En avril 2025, la Ceni a publié une feuille de route. Elle prévoyait notamment l’identification et l’enrôlement des électeurs dans une province pilote entre septembre et octobre 2025, puis l’extension du processus à partir de février, avec des élections présidentielle, législatives et provinciales projetées en décembre 2028. Depuis, aucune communication claire sur l’état réel de mise en œuvre de cette feuille de route. Aucune évaluation publique des retards éventuels. Aucune explication sur les ajustements opérés, s’il y en a.
La question du recensement de la population est aussi absente du débat public. Pourtant, une récente note d’Ebuteli l’a rappelé : sans régistre de population fiable, il n’y a pas de fichier électoral crédible. Où en est-on ? Qui fait quoi entre le ministère de l’Intérieur, l’Office national d’identification de la population (Onip), le ministère du Plan et la Ceni ? Cette confusion persistante entretient le flou qui affaiblit la responsabilité de chacun.
À cela s’ajoute une autre échéance, soigneusement évitée dans le débat public : le mandat de l’actuelle équipe de la Ceni arrive à son terme en 2027, soit un an avant les élections prévues en 2028. Qui pilotera alors la phase la plus sensible du processus ? Une nouvelle équipe ? Une prolongation de fait ? Là encore, aucune réponse claire.
Ce silence collectif donne l’impression qu’une large partie des acteurs politiques et institutionnels de tout bord, opposition comme majorité au pouvoir, parie sur une stratégie bien connue : laisser les difficultés s’accumuler, pour en faire, le moment venu, des arguments de négociation dans un éventuel cadre de dialogue politique qui présage un nouveau glissement. Dans ce schéma, les élections cessent d’être un droit citoyen pour devenir un objet de transaction politique entre élites.
Pendant ce temps, l’espace politique se rétrécit. Des partis sont suspendus ou radiés. Des figures de l’opposition prennent de plus en plus le chemin de l’exil. Et pourtant, on continue à parler d’élections comme si le pluralisme allait de soi. À quoi servent des élections organisées sans concurrence réelle, sans débat ouvert, sans confiance minimale ?
C’est là que se situe le vrai problème. On présente souvent un faux dilemme : gagner la guerre ou organiser les élections. La stabilité ou la démocratie. Les délais ou les réformes. Or, cet antagonisme est trompeur. Car ce que l’on appelle parfois des élections organisées « dans les délais » sont, en réalité, des processus électoraux vidés de leur substance. Des élections coûteuses mais sans transparence, sans redevabilité, sans véritable choix. Des simulacres qui servent davantage à gérer des équilibres politiques entre élites qu’à traduire la volonté des citoyens.
La vraie question n’est donc pas de savoir si la RDC votera en 2028. La vraie question est bien plus dérangeante : veut-on vraiment des élections qui permettent réellement aux Congolais de choisir leurs dirigeants ?
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