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Avec le M23, les offensives aériennes s'intensifient, les processus de paix toujours sans effet

Avec le M23, les offensives aériennes s'intensifient, les processus de paix toujours sans effet

Feb 6, 2026
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Dans la nuit du 31 janvier au 1er février, alors que reprenaient timidement les négociations entre l’AFC/M23 et le gouvernement congolais dans le cadre du processus de Doha, l'aéroport international de Bangboka, dans la ville de Kisangani, a été cible d’une attaque par drones kamikaze, revendiquée par la rébellion de l’AFC/M23, elle visait, selon les rebelles, le centre de commandement des drones de l'armée congolaise.

Dans ce 5e épisode de la saison 6 de Po Na Biso, la capsule audio d'Ebuteli et du Groupe d'étude sur le Congo (GEC) qui analyse, chaque semaine, un sujet d'actualité congolaise, nous décortiquons le décalage persistant entre les initiatives diplomatique-s et la poursuite du conflit sur le terrain. Je suis Henry-Pacifique Mayala, coordonnateur du Baromètre sécuritaire du Kivu (KST). Nous sommes le vendredi 6 février 2026.

Bonjour,

Le gouvernement provincial de la Tshopo, dans son communiqué du 3 février, a annoncé la neutralisation de huit drones kamikazes et précisé qu’aucun dégât humain ou matériel n’avait été enregistré. L’attaque aurait été interceptée et neutralisée grâce au système de défense antiaérienne opéré par des contractants privés turcs, déployés pour la protection de l’un des principaux et du plus récemment rénové aéroport de la RDC. Une deuxième tentative a été signalée au début de l’après-midi du 5 février ; l’engin aurait été abattu sans faire de dégâts par les FARDC et leurs alliés, selon des sources sécuritaires.

Ces offensives aériennes sont intervenues au même moment que la timide reprise des négociations et la signature des termes de référence du comité conjoint de vérification des violations du cessez-le-feu à Doha. De la même manière,  les offensives de la rébellion de l’AFC/ M23 sur la ville d’Uvira sont survenus peu après l'entérinement de l’accord de Washington entre la RDC et le Rwanda. Quelques mois plus tôt, le 15 octobre, des drones des FARDC avaient ciblé et détruit une partie des installations de la mine d’or de Twangiza, au Sud-Kivu, deux jours seulement après la signature du mécanisme de vérification du cessez-le-feu entre la RDC et l'AFC-M23. 

Le ciblage d’un aéroport ou d’autres infrastructures stratégiques aussi éloignées de la zone d’influence de l’AFC/M23 est un fait inédit, tout comme la revendication explicite de ces attaques par la rébellion. Selon les analyses d’experts en la matière, les débris retrouvés sur le lieu correspondent à des drones Baykar Yiha-III, de fabrication Turque. Ce type de drones disposeraient d’une autonomie limitée à environ 120 minutes, avec un rayon d’action n’excédant pas 120 km. Ces caractéristiques suggèrent que ces drones n’ont pu être lancés qu’à partir d’un  périmètre relativement proche, et en tout cas pas depuis la zone contrôlée par l’AFC-M23, trop éloignée.

La rébellion de l’AFC/M23, qui avait récupéré un important arsenal militaire lors de la prise de Goma et de Bukavu au début de l'année 2025, n’avait jusque-là pas revendiqué l’usage  de capacités aériennes, en particulier de drones kamikazes. Ce n’est que  récemment, lors de l’offensive de décembre 2025 sur la ville d’Uvira, que de tels moyens auraient été mobilisés. Ceci pose la question de leur provenance, alors que l’AFC-M23, sous sanctions, ne peut théoriquement pas acquérir ce type de matériel. 

La bataille aérienne s’intensifie donc, et le conflit s'enlise. Pendant que les protagonistes sont engagés dans plusieurs processus et initiatives de paix, il apparaît désormais qu’à chaque progrès « significatif » s'ensuit une reprise, voire une intensification, des opérations militaires sur le terrain.

Cette nouvelle étape d’escalade questionne la volonté réelle des protagonistes à privilégier les voies diplomatiques en vue de la résolution de ce conflit. Elle rappelle aux garants des différents processus, notamment celui de Washington, la nécessité d’imposer des moyens coercitifs aux acteurs afin d’éviter une escalade incontrôlée et d’obtenir le respect des différents engagements pris, à commencer par le cessez-le-feu permanent, condition indispensable à la mise en œuvre de différents accords de paix. 

En attendant l'issue de ces processus de paix, n'oubliez pas de vous abonner à Po Na Biso sur votre téléphone, en envoyant « Ebuteli » au +243 894 110 542. À la semaine prochaine.

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