Campagne controversée de la nouvelle plaque minéralogique en RDC
Le 2 janvier, le directeur général de la Direction générale des impôts (DGI) a publié un communiqué invitant les propriétaires des véhicules à se procurer de nouvelles plaques minéralogiques sécurisées à partir du 6 janvier 2026, en vue de se conformer à la nouvelle réglementation. Cette plaque présenterait l’avantage d’améliorer la sécurité des automobilistes, d’harmoniser le système national d’immatriculation des véhicules, et de faciliter le contrôle routier par les services de la police. Depuis lors, la campagne annoncée suscite des interrogations, tant sur la crédibilité que sur la légitimité de ce type d’initiative, dans un contexte où l’Etat demeure, dans une large mesure, incapable de faire respecter sa régulation dans le secteur du transport routier.
Bonjour et bienvenue dans ce deuxième épisode de la saison 6 de Po Na Biso, capsule audio d’Ebuteli et du Groupe d’étude sur le Congo (GEC). Ce podcast analyse chaque semaine un sujet de l’actualité congolaise. Nous sommes le vendredi 16 janvier 2026. Je suis Jolino Malukisa, directeur du pilier gouvernance d’Ebuteli.
Depuis l’année passée, les usagers de la route vivent sous pression. Du matin au soir, ils sont épuisés par les embouteillages. À chaque orage, les routes sont inondées, paralysant ainsi la mobilité urbaine à Kinshasa et dans d’autres grandes villes du pays. À cause du mauvais drainage des eaux, même les routes fraîchement construites se dégradent rapidement, et n’apportent pas une solution durable aux embouteillages qui sont d’ailleurs aggravés par le non-respect du code de la route et la corruption des agents de police de la circulation routière (PCR).
Au lieu d’apporter une solution aux doléances des usagers de la route, les autorités congolaises ont tendance à prendre des mesures administratives qui exercent une pression supplémentaire sur eux. Sans améliorer la fourniture des services publics, ces mesures contribuent souvent au renforcement de l’État prédateur. Les agents de l’ordre et les fonctionnaires sous payés s’en servent comme leviers pour augmenter leurs revenus.
Après l’imposition du nouveau permis de conduire et du certificat de contrôle technique, des mesures qui n’ont d’ailleurs pas été bien suivies, la campagne controversée des nouvelles plaques minéralogiques n’est pas prometteuse et, surtout, elle risque de discréditer davantage l’État congolais pour trois principales raisons.
D’abord, dans les circonstances actuelles, les priorités de la population congolaise sont ailleurs : les usagers de la route réclament avant tout la fluidité du trafic et la fin des tracasseries de la part des agents de la PCR. Ce qui explique notamment la prolifération illégale des plaques des administrations publiques et des gyrophares. Certains automobilistes et fonctionnaires les utilisent, car elles garantissent une certaine immunité vis-à-vis des policiers.
Deuxièmement, les raisons évoquées par la DGI et le ministère des Finances peinent à convaincre. La sécurité des usagers de la route repose surtout sur le respect du code de la route, la fiabilité du contrôle technique et l’assurance que les autorités congolaises n’ont pas réussi à mettre en place. En outre, pour faciliter le contrôle routier, il faut nécessairement réformer la police de la circulation routière, sérieusement affectée par la corruption.
Enfin, sans un guichet unique électronique pouvant permettre aux usagers d’accomplir à distance toute leur formalité, la DGI, qui cherche à maximiser ses recettes, ne peut obtenir les résultats escomptés.
Au moment où la DGI a annoncé sa mesure, de nombreux citoyens avaient déjà commandé les anciennes plaques sans les recevoir dans les délais. La population n’a pas non plus été sensibilisée lorsque la décision a été prise pour changer les plaques minéralogiques. Et comme c’est souvent le cas, le marché conclu avec le fournisseur a été géré dans l’opacité. Les citoyens ne savent pas ce que leur État va gagner dans cette affaire, et s'interrogent aussi sur les coûts officiels et non officiels de cette mesure.
Pour les autorités publiques dotées de véhicules de fonction, le changement de plaque ne va pas les empêcher de travailler. Ce qui n’est pas le cas des Congolaises et Congolais qui doivent se rendre aux agences de la DGI pour s’en procurer au coût de 115 dollars américains. Tenir compte des priorités de la population mérite une attention particulière, surtout dans le contexte actuel marqué par les tensions sociales et politiques.
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