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Les États-Unis sont-ils encore un partenaire fiable pour la RDC ?

Les États-Unis sont-ils encore un partenaire fiable pour la RDC ?

Jan 23, 2026
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Au cours de la semaine passée, deux événements aux significations contradictoires pour la relation entre la RDC et les États-Unis se sont produits. D’un côté, les rebelles de l’AFC-M23 se sont retirés de la ville d’Uvira après les pressions, au moins verbales, des États-Unis. De l’autre, Washington a décidé de suspendre toute possibilité d’immigration aux États-Unis pour les Congolais, au même titre que 75 autres nationalités. À l’heure où les Etats-Unis multiplient les violations du droit international, sont-ils encore un partenaire fiable pour la RDC ?

Bonjour et bienvenu dans le 3e épisode de la saison 6 de Po Na Biso la capsule audio qui décrypte l’actualité de la RDC. Je suis Pierre Boisselet, directeur du pilier violence à l’institut Ebuteli, et cette semaine, nous nous intéressons à la crédibilité des États-Unis comme partenaire clé de la RDC.

Lorsque Donald Trump est revenu au pouvoir, en janvier 2025, l’idée de forger un partenariat stratégique avec lui semblait cohérente pour Kinshasa. Quoi qu’on pense de lui, il est à la tête de la première puissance militaire et économique mondiale et dispose de moyens de pression réels contre le Rwanda. Par ailleurs, dans sa rivalité avec la Chine et sa volonté de grandeur des États-Unis, il ne pouvait que s’intéresser aux ressources minières dont dispose la RDC.  

L’année 2025 n’a pas vu les États-Unis exercer des pressions décisives sur le Rwanda, dont les troupes sont toujours présentes dans l’Est de la RDC, mais quelques signes encourageants se sont manifestés : Washington s’est impliqué dans la crise, notamment par l’intermédiaire de Massad Boulos, et ses pressions semblent avoir contribué à obtenir le retrait de l’AFC-M23 et des troupes rwandaises de Walikale-centre en mars. Surtout, les États-Unis sont devenus des médiateurs actifs entre la RDC et le Rwanda, jusqu’à la signature des accords de Washington, le 4 décembre dernier.

Dans le cadre de cette relation, la RDC a semblé faire des concessions importantes, avec notamment la signature d’un accord de partenariat stratégique, qui donne la priorité aux entreprises américaines sur une part des ressources congolaises. Depuis, selon Reuters, la RDC a remis à Washington une liste d’actifs pour lesquels les États-Unis auront un droit de  préemption, dont des gisements d’or, de lithium, de cuivre, de cobalt et de manganèse. La Gécamines a par ailleurs annoncé la livraison de 100 000 tonnes de cuivre aux États-Unis.

La RDC a-t-elle obtenu des gains à la hauteur de ces concessions ? L’AFC-M23 et l’armée rwandaise ont pris la ville d’Uvira le 10 décembre, soit six jours après la signature des accords de Washington, portant atteinte à la crédibilité du processus. Le secrétaire d’État Marco Rubio a publiquement condamné une « violation claire » des accords de paix par le Rwanda, et l’ambassadeur auprès des Nations-Unies Mike Waltz a affirmé que Washington utiliserait « les outils à sa disposition » contre ceux qui sabotent le processus de paix. Mais aucune nouvelle sanction n’a été actée à ce jour à l’égard du Rwanda, pourtant vulnérable en raison notamment de sa dépendance aux financements de la Banque mondiale et au flux de touristes. Sous l’administration Trump, le processus de décision semble être devenu particulièrement lent et chaotique.

Mais le M23 s’est malgré tout retiré d’Uvira le 16 janvier pour se repositionner à 30 kilomètres. Était-ce la conséquence des menaces des États-Unis ? Une autre hypothèse serait qu’il s’agit d’un repositionnement stratégique de sa part, pour renforcer d’autres fronts.

Enfin, comme on l’a vu, le partenariat avec les États-Unis n’a pas permis aux Congolais d’être épargnés par les mesures de restriction à l’immigration. Il faut dire que la politique américaine en matière d’immigration semble désormais déconnectée de sa diplomatie et sous le contrôle du puissant directeur de cabinet adjoint du président, Stephen Miller. Cela pose toutefois une question troublante : les États-Unis de Donald Trump sont-ils encore capables de forger des partenariats cohérents ?

La multiplication des transgressions de l’ordre international de ces dernières semaines en fait douter. D’abord, l’enlèvement du président vénézulien Nicolas Maduro, à la tête d’un pays riche en ressources naturelles, a été faite sans consultation ni des Nations-Unies, ni même du Congrès américain. Cela démontre que les engagements internationaux et même nationaux n’ont plus d’importance aux yeux de Washington.

Le président américain Donald Trump a aussi réitéré sa volonté d’annexer le Groenland, aujourd’hui partie du royaume du Danemark, un membre de l’OTAN, sans consulter ni les Groenlandais, ni les Américains, tous opposés à cette mesure selon les sondages. Les principes d’intégrité territoriale, de liberté des peuples à disposer d’eux-mêmes, et de respect des alliés, ne semblent plus non plus à l’ordre du jour.

Enfin, Trump remet en cause les institutions internationales avec le lancement d’un « Conseil de la paix », sorte d’organisation parallèle et concurrente à l’ONU, mais à laquelle la RDC ne semble pas avoir été invitée. Aucun pays africain ne l’a d’ailleurs été, à l’exception de l’Égypte et du Maroc. Et ceci a de quoi déconcerter, surtout à l’heure où la RDC est membre du Conseil de sécurité de l’ONU, et que l’accord de paix de Washington prévoit un rôle pour la Mission de l’ONU en RDC.

En manque d’alliés solides sur la scène internationale et de capacités militaires, le président Tshisekedi a sans doute peu d’autres options que de miser sur sa relation avec les États-Unis. Mais il devrait probablement prendre garde à ne pas se retrouver dans une situation d’extrême dépendance à l’égard d’une puissance devenue imprévisible.

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