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Quel impact auront les élections mi-mandat aux États-Unis sur la région des Grands Lacs ?

Quel impact auront les élections mi-mandat aux États-Unis sur la région des Grands Lacs ?

Nov 6, 2026
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Mardi, les démocrates ont infligé une lourde défaite aux républicains lors des élections de mi-mandat aux États-Unis d’Amérique. Alors que le dépouillement se poursuit, il est clair qu’ils ont remporté une large majorité à la Chambre des représentants — probablement autour de 60 % des sièges — et qu’ils disposeront d’au moins 54 des 100 sièges au Sénat. Quelles seront les conséquences de cette victoire sur la politique de Trump à l’égard de la région des Grands Lacs au cours des deux prochaines années ?

Bonjour ! Je m’appelle Jason Stearns. Je suis chargé des recherches chez Ebuteli. Vous écoutez le 44e épisode de la saison 6 de Po Na Biso. Nous sommes le vendredi 6 novembre 2026.

D’un côté, ces résultats n’ont rien de surprenant. Jamais un président n’avait abordé des élections de mi-mandat avec une cote de popularité aussi basse que celle de Donald Trump. L’économie, principale préoccupation des électeurs, est au ralenti, et les sondages annonçaient clairement cette issue.

De l’autre, certains résultats sont stupéfiants. Le Texas, le Kansas et l’Iowa ont tous élu des démocrates au Sénat. Trump avait remporté ces trois États avec plus de 15 pour cent d’avance en 2024, et aucun d’eux n’avait élu de sénateur démocrate depuis des décennies ; au Kansas, il faut remonter à 1932. Le scrutin a également vu l’élection d’une première femme noire et d’une première femme autochtone à la tête d’un État, ainsi que celle d’un premier sénateur homme ouvertement gay et d’un premier sénateur musulman.

Aussi historiques soient-elles, ces élections auront probablement un impact limité sur la politique américaine à l’égard de l’Afrique en général, et des Grands Lacs en particulier. 

Cela tient à deux raisons. Premièrement, la politique à l’égard de la région des Grands Lacs fait largement consensus. Si beaucoup de Congolais se souviennent des relations chaleureuses entre l’administration démocrate de Bill Clinton et le Rwanda, cette époque est révolue. Démocrates et républicains ont condamné les opérations rwandaises récentes en RDC, souvent dans des lettres et des résolutions communes. Quant à la concurrence géostratégique avec la Chine autour des minerais congolais, elle était déjà bien présente sous l’administration Biden, dont le projet emblématique, le corridor de Lobito, était une initiative démocrate, bien avant le retour de Donald Trump.

Deuxièmement, la Maison-Blanche garde la main sur la politique étrangère, et la marge de manœuvre du Congrès reste limitée. Concernant l’AGOA––qui exonère les droits de douane aux pays d’Afrique et où Rwanda vient d’être exclu––par exemple, le Congrès a délégué au président le pouvoir de déterminer l’éligibilité des pays. 

Le Congrès peut certes réclamer des sanctions : celles imposées en 2016 à Célestin Kanyama, Gabriel Amisi et John Numbi avaient été précédées de pressions parlementaires. Mais, le plus souvent, l’exécutif prend lui-même l’initiative, en chargeant le département du Trésor de les mettre en œuvre, comme dans le cas des récentes sanctions visant le Rwanda. C’est également l’exécutif qui oriente l’action de la Société américaine de financement du développement international, la DFC, qui accorde des prêts, fournit des assurances contre les risques politiques et prend des participations dans des entreprises. Ces dernières années, plus d’un milliard de dollars ont ainsi été engagés ou sont envisagés pour des projets miniers et ferroviaires en RDC.

Cela ne veut pas dire que rien ne changera. Les démocrates renforceront certainement le contrôle parlementaire, convoqueront des responsables de l’administration pour les entendre et tenteront d’utiliser leur pouvoir budgétaire pour accroître l’aide humanitaire. La corruption a occupé une place centrale dans la campagne électorale. On peut donc s’attendre à ce que le Congrès demande des comptes sur certaines opérations commerciales en RDC. Il pourrait, par exemple, enquêter sur un projet d’investissement soutenu par les États-Unis dans les mines congolaises de Glencore, qui devait conduire à un allègement des sanctions contre le milliardaire israélien Dan Gertler. Il pourrait également examiner si des responsables américains ont facilité l’obtention de contrats par Erik Prince, proche de Trump et titulaire d’un contrat de plus de 100 millions de dollars avec le gouvernement congolais, si des financements ou des équipements américains ont été mobilisés, et quelles autorisations étaient nécessaires.

Surtout, le Congrès pourrait accorder davantage d’importance aux droits humains et à la démocratie, en faisant contrepoids à l’approche transactionnelle de Trump. Cela pourrait peser sur les débats à venir autour d’un troisième mandat de Tshisekedi et à l’approche des élections de 2028 en RDC. 

Mais les élections de mi-mandat pourraient avoir un autre effet : détourner davantage encore l’attention de Trump de la région. Son ambition d’obtenir le prix Nobel de la paix, tout comme sa volonté de concurrencer la Chine dans le secteur des minerais critiques, ont manifestement contribué à orienter la politique américaine dans les Grands Lacs. Ces derniers mois, cependant, certains diplomates ont le sentiment que l’intérêt et la dynamique se sont essoufflés. Les deux processus de paix, à Doha et à Washington, ont enregistré peu d’avancées concrètes, et aucune stratégie claire ne semble se dégager pour sortir de l’impasse. Massad Boulos, l’émissaire américain pour la région, a été accaparé par le Soudan et le Moyen-Orient. Les élections de mi-mandat pourraient encore réduire son intérêt pour cette région lointaine.

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