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Insécurité à Kinshasa : entre démentis officiels et réalités du terrain

Insécurité à Kinshasa : entre démentis officiels et réalités du terrain

Mar 20, 2026
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Face à la recrudescence des actes criminels à Kinshasa, la députée Randall Muzito a déposé, le mercredi 4 mars 2026, une question écrite au bureau de l’Assemblée nationale, adressée à Jacquemain Shabani, vice-Premier ministre de l’Intérieur. Dix jours plus tard, soit le 14 mars 2026, Freddy Ekofo, vendeur de bijoux au marché central de Kinshasa, a été abattu par des hommes armés au quartier Yolo-sud dans la commune de Kalamu. Quelles leçons tirées de cette recrudescence de l’insécurité dans la capitale congolaise ?

Bonjour et bienvenue dans ce 11e épisode de la saison 6 de Po Na Biso, capsule audio d’Ebuteli et du Groupe d’étude sur le Congo (GEC), qui analyse chaque semaine un sujet de l’actualité congolaise. Je suis Joël Kiniati, analyste des données à Ebuteli. Nous sommes le vendredi 20 mars 2026.

Depuis plusieurs mois, les habitants de Kinshasa dénoncent la multiplication des cas de braquage, de kidnappings, d’attaques de domiciles et d’agressions armées. Une situation alarmante mais différemment perçue par les autorités. Si le président de la République exige un renforcement de la sécurité,  la police affirme que plusieurs cas relayés sur internet relèvent de rumeurs ou d’informations non vérifiées alors qu’il existe plusieurs faits vérifiables. Selon l’analyse des éléments collectés dans la presse, au moins 16 faits criminels ont été signalés à Kinshasa entre janvier 2025 et mars 2026. Braquages, attaques de domiciles, pillages de quartiers ou encore kidnappings. Par exemple, en février 2025, un braquage spectaculaire mené par des hommes armés dans une pharmacie à Lemba a fait deux morts et un blessé. En mai de la même année, des hommes armés ont fait irruption sur le site de l’Université de Kinshasa. En plein jour,  ils ont braqué des changeurs de monnaie avant de disparaître avec une importante somme d’argent. Dans la commune de Mont-Ngafula, en août, les habitants ont également été confrontés à des épisodes de violence particulièrement marquants : près de 70 maisons ont été pillées en une seule nuit par des bandits armés dans le quartier Matadi-Mayo. Quelques semaines plus tard, dans la même commune, un père de famille a été assassiné à son domicile lors d’une attaque nocturne, sous le regard impuissant de certains membres de sa famille. D’autres communes périphériques sont également confrontées à la même insécurité.

Ces faits ne suffisent pas, à eux seuls, de dresser un tableau complet de la criminalité dans la capitale, mais ils montrent que la question de l’insécurité n’a pas encore trouvé une réponse satisfaisante, malgré les assurances des autorités publiques. Ils suggèrent surtout une tendance préoccupante, même si celle-ci reste difficile à mesurer de manière exhaustive.

En effet, les pouvoirs publics tentent d’apporter une réponse à cette épineuse question en multipliant les opérations de traque contre les malfrats, mais les résultats obtenus demeurent éphémères. Certes, quelques suspects ont été arrêtés, certains ont même été jugés en procédure de flagrance lors d’audiences foraines et condamnés à de lourdes peines. Ces réponses, souvent ponctuelles, ne semblent pas encore produire un effet dissuasif durable, ni rassurer les habitants. 

Au-delà du débat entre rumeurs et faits réels, la sécurité des Kinois doit rester une priorité absolue. Kinshasa, une mégapole de près de 19 millions d’habitants, ne peut continuer à faire face à la criminalité avec des moyens limités et des dispositifs souvent inadéquats. L’ampleur de la ville et sa croissance démographique rapide rendent d’autant plus nécessaire une réponse structurée et coordonnée. 

Renforcer durablement la sécurité suppose d’investir dans une police mieux formée, mieux équipée et suffisamment présente sur le terrain. Cela suppose aussi de développer une véritable police de proximité, capable de travailler au plus près des communautés et de rétablir la confiance avec la population. 

Mais au-delà des moyens, c’est aussi la capacité à produire une lecture claire et partagée de la situation sécuritaire qui est en jeu. Tant que les perceptions des habitants et les discours officiels resteront aussi éloignés, la défiance risque de perdurer. Car au fond, la question n’est pas seulement de savoir si l’insécurité est exagérée ou non. La vraie question est de savoir comment faire en sorte que les habitants de Kinshasa puissent vivre et circuler dans leur ville sans craindre pour leur sécurité.

En attendant la suite, vous pouvez recevoir Po Na Biso chaque vendredi sur votre téléphone, rejoignez notre fil Whatsapp en envoyant « Ebuteli » au +243 894 110 542. À bientôt.

 

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