Shabani sauvé, mais quelles leçons tirer ?
Visé par une motion de défiance, le vice-Premier ministre Jacquemain Shabani a finalement été sauvé par une motion incidente initiée par le député national Garry Sakata, qui dénonçait des irrégularités. Cette manœuvre met fin à des semaines de tractations, de pressions et de menaces entre partisans du ministre Shabani et députés motionnaires. Mais quelles leçons tirer de cette séquence politique ?
Bonjour ! Je m’appelle Fred Bauma. Je suis directeur exécutif d’Ebuteli. Vous écoutez le 17e épisode de la saison 6 de Po Na Biso. Nous sommes le vendredi 1er mai 2026.
La plénière de ce mercredi était très attendue. Deux semaines après le dépôt de la motion de défiance contre Jacquemain Shabani, Vice-premier ministre, ministre de l’intérieur, sécurité, décentralisation et affaires coutumières, et à la suite de nombreuses discussions entre les députés motionnaires et le bureau de l’Assemblée nationale, la motion a finalement été programmée.
Portée par Laddy Yangotikala, élu de la ville de Kisangani, la motion reprochait à Shabani notamment l’insécurité grandissante dans plusieurs contrées du pays et la fragilisation des institutions décentralisées.
Le débat de fond n’aura pas lieu. Mais cette séquence permet malgré tout de tirer des leçons politiques essentielles sur l’état de la super majorité parlementaire – l’USN compte 476 députés sur 500 – et sur la santé de la chambre basse du Parlement. Voici trois principales leçons à tirer :
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Premièrement, lorsque les espaces de débat sont fermés, la confrontation devient inévitable.
La motion de défiance est l’un des moyens extrêmes parmi les outils de contrôle dont dispose le député congolais pour mettre en cause un membre du gouvernement. En principe, elle intervient après l’épuisement d’autres moyens de contrôle moins conflictuels comme les questions orales avec débat, les questions écrites, les auditions en commission, ou encore les interpellation; qui peuvent permettre aux ministres de répondre par écrit ou de s’exprimer lors d’un débat ouvert avec les élus.
Or, au fil des ans, l’Assemblée nationale congolaise rend l’exercice ordinaire du contrôle parlementaire de plus en plus difficile. Selon les données collectées par Talatala, notre baromètre de suivi de l’action parlementaire, sur les dix dernières sessions parlementaires depuis 2021, sur 458 moyens de contrôle et d’information déposés, seuls 22 ont été examinés, soit moins 5 %.
Plus révélateur encore : lors de certaines sessions, le bureau a décidé de geler des initiatives parlementaires. C’est le cas par exemple de la session de septembre 2024 au cours de laquelle 170 moyens de contrôle et d’information avaient été déposés, mais un seul a été examiné.
Dans un tel contexte, les députés sont incités à privilégier les instruments les plus contraignants politiquement, non parce qu’ils seraient toujours les plus appropriés, mais parce qu’ils sont parfois les seuls susceptibles d’aboutir.
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La deuxième leçon concerne la double fragilité de l’hypermajorité au Parlement.
Cela se manifeste à deux niveaux.
D’abord au niveau de la grande coalition majoritaire, l’Union sacrée de la nation (USN). Après avoir poussé à la démission Vital Kamerhe et Modeste Bahati, leaders de deux des cinq grands regroupements politiques de l’USN, la motion contre le vice-Premier ministre Shabani renforce l’image des fractures au sein de la majorité au pouvoir.
La motion a été signée par plus de 50 députés, issus principalement de 18 des 21 groupes politiques au Parlement, et majoritairement de l’USN.
Ensuite au sein même du parti présidentiel. Le plus grand malaise vient en effet de l’Union pour la démocratie et le progrès social (UDPS). Le parti au pouvoir ne s’est pas mobilisé pour sauver son ministre le plus haut placé au sein du gouvernement Suminwa. L’UDPS est resté silencieux jusqu’au bout.
Dans les coulisses, deux factions du parti au pouvoir s’opposaient au point de rendre incertaine l’issue d’un vote au Parlement. Et dans cette perspective, la motion incidente n’est pas une manifestation de la force de la majorité, mais bien de ses fragilités.
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La dernière leçon est historique et résulte de deux précédentes leçons : si le débat au sein d’une coalition peut être une manifestation de la vitalité de la démocratie, l’absence de débat de fond au Parlement couplée aux querelles intestines au sein des parties de l'Union sacrée de la nation constitue un handicap politique alors que le président Félix Tshisekedi va vers la fin de son deuxième et dernier mandat constitutionnel. L’Union sacrée de la nation apprendra-t-elle des déboires du Front commun pour le Congo à la fin du cycle Kabila ?
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