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Fayulu, Sesanga, Katumbi, Kabund : C64, pour quoi faire ?

Fayulu, Sesanga, Katumbi, Kabund : C64, pour quoi faire ?

May 22, 2026
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Le mardi 19 mai, une nouvelle plateforme politique et citoyenne a vu le jour à Kinshasa. Son nom : C64, Coalition Article 64 pour la défense de l’ordre constitutionnel. Objectif affiché : barrer la route à tout projet de changement de la Constitution. Mais derrière cette bannière constitutionnelle, que cherchent réellement Martin Fayulu, Moïse Katumbi, Delly Sesanga et Jean-Marc Kabund ? Assiste-t-on à un retour de l’opposition dans la bataille politique… ou au début d’une tentative de recomposition du rapport de force politique à l’approche de 2028 ?

Bonjour,

Je m’appelle Trésor Kibangula. Je coordonne les recherches sur la politique à Ebuteli. Vous écoutez le 20e épisode de Po Na Biso, le podcast d’Ebuteli et du Groupe d’étude sur le Congo (GEC), qui, chaque semaine, donne notre point de vue sur un sujet d’actualité en République démocratique du Congo.

Mardi, à Kinshasa, l’opposition a retrouvé quelque chose qu’elle semblait avoir perdu depuis longtemps : une image de cohésion. Dans une salle chauffée par les slogans, les drapeaux des partis et une foule compacte massée jusque dehors, plusieurs leaders de l’opposition, parmi lesquels Martin Fayulu, Delly Sesanga, Jean-Marc Kabund et un représentant de Moïse Katumbi ont lancé la Coalition Article 64 (C64), du nom de cet article de la Constitution qui donne aux citoyens le devoir de faire échec à toute prise ou exercice du pouvoir en violation de la Constitution.

La scène était pensée. Et le message aussi.

Mais au-delà de la démonstration de force visuelle, C64 révèle surtout une tentative de repositionnement politique de l’opposition dans un contexte profondément transformé par la guerre dans l’Est, la montée du discours patriotique et le rétrécissement progressif de l’espace politique.

Depuis plusieurs mois, le pouvoir domine largement la bataille du récit public. Toute critique du régime est régulièrement exposée au soupçon de complicité avec Kigali ou avec les rebelles du M23. L’opposition peine à exister sans être renvoyée à une forme d’anti-patriotisme. C64 tente justement de sortir de ce piège.

Le premier élément marquant est donc stratégique : contrairement à d’autres initiatives récentes, cette coalition prend soin de ne pas s’aligner explicitement avec le courant incarné par Joseph Kabila et sa plateforme Sauvons la RDC. En clair, Fayulu, Katumbi, Sesanga et Kabund essaient de reconstruire une opposition capable de contester le pouvoir sans être immédiatement absorbée dans le schéma « patriotes contre traîtres » imposé par la majorité politique actuelle.

Mais derrière la défense de la Constitution, un autre enjeu apparaît rapidement : celui du rapport de force politique. 

Depuis des mois, les appels au dialogue politique interne se heurtent à la réticence du président Félix Tshisekedi. Les initiatives des Églises catholique et protestante n’ont pas véritablement avancé. Et beaucoup d’acteurs ont désormais le sentiment que Kinshasa n’accepte de discuter que lorsqu’un rapport de force lui est imposé. Les négociations directes engagées avec l’AFC/M23 à Doha, aujourd’hui délocalisées à Montreux, ont renforcé cette lecture.

C’est là que C64 prend une autre dimension. Car la bataille contre le changement de Constitution peut mobiliser l’opinion. Elle pourrait permettre à l’opposition de retrouver des clés de remobilisation politique capables de rééquilibrer le rapport de force et, à terme, de pousser le pouvoir à accepter des discussions politiques nationales. Le camp au pouvoir a d’ailleurs essayé de riposter en annonçant à son tour le lancement « dans les jours à venir » de la Coalition des Congolais pour le changement de la Constitution (C4).

Reste alors une autre question, plus troublante. À force de voir la guerre, les arrangements politiques et les dialogues successifs occuper tout l’espace du débat public, le risque est peut-être de voir progressivement disparaître le débat sur le droit même des citoyens à choisir librement leurs dirigeants.

Car au fond, que se passera-t-il si les élites politiques finissent, une nouvelle fois, par se partager le pouvoir à travers des compromis politiques ou des « non élections », ces scrutins sans véritable crédibilité ? Et si, derrière tous ces débats sur la Constitution, le grand perdant finissait encore par être le citoyen congolais lui-même ?

En attendant, pour recevoir Po Na Biso chaque vendredi sur votre téléphone, rejoignez notre fil WhatsApp en envoyant « GEC » ou « Ebuteli » au +243 894 110 542. À bientôt !

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