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RDC : l'interminable attente de la relance de la Miba et l’exploitation du cuivre au Kasaï

RDC : l'interminable attente de la relance de la Miba et l’exploitation du cuivre au Kasaï

May 15, 2026
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Le 7 mai, une entreprise chinoise a présenté un projet de production du cuivre dans le Kasaï-Oriental. Avec une production estimée jusqu’à 500 000 tonnes par an, ce serait l’une des plus grandes mines de cuivre du monde. Mais ce qui retient l’attention ici, c’est la Société minière de Bakwanga (Miba), le partenaire annoncé. Une entreprise que le gouvernement congolais essaie de relancer depuis une vingtaine d’années. 

Bonjour ! Je m’appelle Jacques Mukena. Je suis chercheur principal au pilier gouvernance d’Ebuteli. Vous écoutez le 19e épisode de la saison 6 de Po Na Biso. Nous sommes le vendredi 15 mai 2026.

Il faut d’abord dire une chose. Pour une région historiquement tournée vers le diamant, parler aujourd’hui de cuivre est un changement important. Et cela compte d’autant plus que ce minerai a aujourd’hui une valeur stratégique plus élevée. En RDC, on l’associe surtout au Katanga. Mais le Grand-Kasaï pourrait aussi avoir un potentiel, même s’il faudra encore prouver qu’il peut être exploité de manière rentable. Des indices sont déjà localisés dans plusieurs zones, notamment à Katende, mais aussi dans le territoire de Kabeya Kamuanga. Dès 2014, la Miba elle-même avait mené des prospections dans ce sens. Puis en 2021, elle avait signé un accord avec la Compagnie minière du Kasaï (Comikas), pour évaluer le potentiel cuprifère de la zone située entre Lubi et Tshinyama. 

Mais au fond, le vrai sujet, ici, c’est la Miba.

Depuis des années, on annonce sa relance. En décembre 2018, lors de sa campagne électorale à Mbujimayi, le président Félix Tshisekedi avait promis qu’une fois au pouvoir, il s’y mettrait. En février 2020, un partenariat de 200 millions de dollars est signé avec une entreprise roumaine. Sur cette somme, 30 millions de dollars sont d’abord versés pour apurer les arriérés de salaires et les dettes sociales. En janvier 2023, un plan de relance de plus de 400 millions de dollars est adopté par le gouvernement. En décembre 2024, lors d’une nouvelle visite du président, 50 millions de dollars sont annoncés pour remettre la Miba sur pied. 

Tshisekedi n’est pas le premier à faire ces promesses. Joseph Kabila avait fait la même chose. En 2009, il avait promis 20 millions de dollars. En 2010, il remet un chèque de 10 millions de dollars comme premier versement. En 2011, il refait la même promesse. 

Pendant tout ce temps, voici ce que disent les chiffres. Selon le rapport du Conseil supérieur du portefeuille, le chiffre d’affaires de la Miba s’élevait à 8 millions de dollars en 2023. Les charges du personnel, quant à elles, s’élevaient à 11 millions de dollars. Autrement dit, ce que l’entreprise paie à ses employés dépasse largement ce qu’elle génère. En même temps, l’endettement a atteint plus de 100 millions de dollars. Et dans son rapport de 2026, la Banque mondiale cite la Miba parmi les entreprises publiques les plus fragiles du pays.

Et cette fragilité touche directement la ville de Mbujimayi. Son histoire, depuis l’époque coloniale, est celle de la Miba. La ville s’est littéralement construite et structurée autour d’elle. Et depuis, les gouvernements successifs n’ont pas réussi à imaginer un autre avenir pour cette ville en dehors de la Miba. En 1963, elle fournissait 80 % des diamants industriels mondiaux. Dans les années 1980, 40 000 travailleurs et leurs familles tiraient leur subsistance de la Miba. 

Aujourd’hui, l’entreprise ne compte plus que quelque 2 400 employés et produit quelques dizaines de milliers de carats de diamants par an. De nombreux jeunes quittent la région pour aller travailler dans les mines artisanales du Katanga.

Pourtant, malgré cette réalité, l’attente d’une relance persiste. Depuis des années, les gouvernements successifs, et dans une certaine mesure la population, s’accrochent à l’idée que la Miba pourrait retrouver ses années glorieuses. Que non seulement sa production pourrait remonter, mais qu’elle pourrait à nouveau créer des emplois massifs pour la population. Et qu’avec elle, Mbujimayi reviendrait à sa prospérité d’avant. Que ce soit à travers le diamant ou maintenant à travers d’autres minerais comme le cuivre. Mais cette attente se heurte à un obstacle majeur. La région est enclavée et les infrastructures de transport sont défaillantes. Relancer la Miba suppose donc de résoudre cette contrainte. 

Ceci empêche peut-être d’imaginer le développement de cette ville en dehors du minier, ou en dehors de l’attente interminable du retour de la Miba. La question d’un autre avenir économique pour Mbujimayi semble encore peu présente dans le débat public. Pour l’instant, en tout cas, l’attente dure. Et les annonces s’accumulent. 

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