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Les sanctions américaines contre Kabila peuvent-elles contribuer à la résolution de la crise du M23 ?

Les sanctions américaines contre Kabila peuvent-elles contribuer à la résolution de la crise du M23 ?

May 8, 2026
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Le 30 avril, les États-Unis ont sanctionné Joseph Kabila, ancien président de la RDC, pour son soutien à l’Alliance fleuve Congo (AFC) et au Mouvement du 23 mars (M23). Ces sanctions ont été saluées par le gouvernement congolais tandis que le camp de l’ancien président les a qualifiées de décision « profondément injustifiée » et « politiquement motivée ».

Bonjour ! Je m’appelle Henry-Pacifique Mayala. Je suis le coordonateur du Baromètre sécuritaire du Kivu (KST).Vous écoutez le 18e épisode de la saison 6 de Po Na Biso dans lequel nous questionnons la pertinence et la portée des sanctions américaines dans la résolution de la crise du M23. Nous sommes le vendredi 8 mai 2026.

L’ancien président Kabila continue de subir une série de revers. Il y a sept mois, la haute cour militaire l’avait reconnu responsable des crimes commis par l’AFC/M23 dans sa conquête territoriale dans l’est de la RDC avec le soutien du Rwanda. Cette condamnation avait toutefois suscité de nombreuses réactions critiques. La Conférence épiscopale nationale du Congo (Cenco) et Human Rights Watch (HRW), pourtant souvent critiques à l’égard de Joseph Kabila, avaient dénoncé une véritable « vendetta politique ». D’autres personnalités publiques, dont le prix Nobel Denis Mukwege, y ont vu la manifestation d’une ingérence et d’un manque d’équilibre institutionnel en RDC, pointant l’utilisation, « politique » de la peine capitale. 

En théorie, les sanctions américaines, qui viennent s’ajouter à cette lourde sentence, devraient entraîner le gel de tous les avoirs potentiels de Kabila aux États-Unis et interdire à tout citoyen ou entreprise américaine de commercer avec lui. Les sanctions peuvent aussi compliquer le recours aux banques internationales, les transferts d’argent en dollars ou les relations avec les institutions financières mondiales. Ils pourraient dissuader d'autres opposants de soutenir ou de rejoindre le M23, entravant ainsi son avancée ou son maintien. 

Il est toutefois prématuré d'apprécier l'efficacité des sanctions imposées aux acteurs et diverses entités étrangères pour leur rôle dans la déstabilisation de l'est de la RDC. Par ces sanctions, l’Office of Foreign Assets Control (Ofac) affirme pourtant vouloir induire un changement de comportement positif plutôt que de simplement punir. L’office dispose à cet effet d’une procédure de radiation de ses listes même s’il ne rend jamais publiques les preuves justifiant ses décisions.

Les exemples de la RDC montrent que les sanctions n’ont eu que peu d’impact positif sur le comportement des sanctionnés. Les sanctions imposées à Corneille Nangaa en tant que président de la Commission électorale nationale indépendante(Ceni), ne l’ont jamais dissuadé dans son entreprise insurrectionnelle, bien au contraire elles auraient poussé le désormais chef rebelle de l’AFC/M23 à choisir la voie des armes. Elles  n’ont pas non plus empêché les autres acteurs sanctionnés de rejoindre le pouvoir actuel ou d’occuper des postes clés dans les institutions politiques ou dans l'armée. Même les sanctions contre les forces rwandaises n’ont pas dissuadé jusque-là Kigali à retirer ses troupes du territoire congolais comme convenu. Le président Paul Kagame a même affirmé que malgré les sanctions, ses troupes ne quitteraient pas l’est du Congo. Cette déclaration est un affront aux Américains mais auquel les USA peinent jusque-là à réagir fortement. 

Les sanctions américaines apparaissent désormais comme un soutien implicite à la position défendue par les autorités congolaises dans la crise du M23. Lors de sa conférence de presse du 6 mai 2026, le président Félix Tshisekedi a d’ailleurs insisté sur cette convergence avec Washington.  « Ces sanctions se justifient. Les Américains n’ont vu que ce que moi j’avais vu depuis plusieurs années », a déclaré le chef de l’État.

Par ces sanctions, l’administration Trump risque ainsi de donner l’impression d'être un médiateur partial, qui délaisse la recherche d’une paix véritable et les préoccupations des belligérants au profit de ses propres intérêts stratégiques et d’un soutien politique aux ambitions du président Félix Tshisekedi. Ce dernier a, par exemple, affirmé lors de sa conférence de presse que « les Américains ont demandé certaines réformes au niveau de la justice. Des réformes qui ne se feront pas sans réviser la Constitution. » Cette brèche semble désormais justifier le projet comme un soutien américain au projet de réforme constitutionnelle défendue par les partisans de l’Union Sacrée  pour éventuellement permettre au président Félix Tshisekedi  de rester au pouvoir au-delà du mandat constitutionnel. 

Dans tous les cas, il n’est pas clair comment ces restrictions financières contre Joseph Kabila pourraient concrètement contribuer au retour de la paix. Il est crucial d’en clarifier l’interprétation et l'apport réel à la résolution du conflit, afin de rassurer les acteurs du processus de paix et les populations victimes qui en paient le lourd tribut.

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