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Quelle est la situation sur les Hauts-Plateaux du Sud-Kivu ?

Quelle est la situation sur les Hauts-Plateaux du Sud-Kivu ?

Apr 24, 2026
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Le 20 avril, à Washington DC et Nairobi, des centaines de Banyamulenge ont défilé pour protester contre la situation de leur communauté sur les Hauts-Plateaux du Sud-Kivu, et en particulier le blocus de cette zone et les attaques de drones. Ceci a remis le sort de cette communauté sur le devant de la scène. Quel est-il exactement ?

Bonjour et bienvenue dans ce 16e épisode de la saison 6 de Po Na Biso, la capsule audio qui tente d’éclairer l’actualité de la RDC. Je suis Pierre Boisselet, directeur du pilier violence à l’institut Ebuteli. Nous sommes le vendredi 24 avril 2026 et cette semaine, nous nous intéressons à la situation sur les Hauts-Plateaux du Sud-Kivu.

Il faut d’abord dire qu’il est très difficile d’avoir une image très claire de la situation dans cette zone. Son isolement, renforcé par l’intensification des affrontements ces dernières semaines, rendent très difficile l’accès à une information fiable. 

De plus, cela fait près de dix ans que la situation est très dégradée dans cette zone, marquée notamment par des conflits entre milices communautaires. Les civils souffrent particulièrement de ce conflit, et notamment les Banyamulenge en ce sens qu’ils sont menacés par de nombreuses milices et rencontrent plus de difficultés à se déplacer en sécurité. 

Toutefois, une partie significative des leaders de cette communauté tutsie, à commencer par Makanika, l’ancien chef de la milice dite d’autodéfense Twigwaneho, a pris garde à ne pas prendre de position trop marquée dans le conflit qui oppose le gouvernement congolais au gouvernement rwandais. D’autres sont restés fidèles à Kinshasa, et critiquent ouvertement le Rwanda, qu’ils accusent d’instrumentaliser le sort de leur communauté.

Par ailleurs, la précarité de la position des Banyamulenge s’est accentuée ces dernières années à mesure que le conflit du Mouvement du 23 mars (M23) s’intensifiait. La mort de Makanika dans une frappe de drone en février 2025, y a contribué. Son successeur à la tête des Twigwaneho, Charles Sematama, a très vite prêté allégeance au M23, s’alignant de fait sur Kigali. Le conflit local s’est retrouvé davantage imbriqué à la dimension régionale de cette guerre. L’armée burundaise notamment, qui avait été vue un temps comme un acteur neutre et positif par plusieurs communautés, dont de nombreux Banyamulenge, s’est retrouvée plus clairement dans le camp opposé au Twigwaneho.

La prise d’Uvira par l’armée rwandaise et le M23 fin 2025, puis leur retrait début 2026, ont contribué à geler le front de la plaine de la Ruzizi. Depuis, les affrontements se sont concentrés sur les hauts plateaux du Sud-Kivu opposant les FARDC, l’armée burundaise et les miliciens Wazalendo d’une part, et le M23, allié aux milices Twigwaneho et aux rebelles burundais RED-Tabara d’autre part. Les combats se sont intensifiés, avec notamment un usage beaucoup plus important des frappes de drones, principalement ceux des FARDC, équipés de missiles, mais aussi, plus récemment, des attaques de drones kamikazes similaires à ceux employés contre l’aéroport de Kisangani.

Cette intensification a renforcé l’isolement des Hauts-Plateaux : les routes qui permettaient encore aux motos de passer se sont retrouvées coupées par le front. Les commerçants, notamment bashi, qui, traditionnellement, traversaient les lignes pour approvisionner tous les civils rencontrent beaucoup plus de difficultés. Et seuls quelques chemins, dangereux et uniquement accessibles à pied, ou de très rares vols, eux aussi dangereux du fait de la présence des drones, permettent encore de rallier les Hauts-Plateaux. En conséquence, les prix des denrées alimentaires ont explosé.

L’inquiétude et la mobilisation de la diaspora banyamulenge est donc légitime et assez facile à comprendre. Mais elles peuvent être instrumentalisées. Les récentes manifestations ont en tout cas été encadrées par la Mahoro peace association (MPA), organisation soupçonnée par le passé de financer les Twigwaneho et d’aider au recrutement du M23. Il est aussi certain que cette mobilisation facilite l’argumentation de Kigali, qui se pose en défenseur des Tutsi dans toute la région.  

Dans ce contexte, toute discrimination à l’égard les Banyamulenge, tout débordement contre les civils et tout obstacle à l’aide humanitaire pourrait non seulement accentuer la crise sur les Haut Plateaux mais aussi fournir un prétexte au Rwanda pour intensifier ses opérations. 

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