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L'opposition peut-elle empêcher une modification de la Constitution ?

L'opposition peut-elle empêcher une modification de la Constitution ?

Jul 10, 2026
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La semaine dernière, des dirigeants de l’opposition congolaise et des représentants des principales Églises du pays se sont rendus à Bujumbura à l’invitation du président burundais Évariste Ndayishimiye, qui occupe actuellement la présidence de l’Union africaine. L'initiative de Ndayishimiye a permis de reporter les manifestations qui devaient avoir lieu, mais la question reste posée : est-ce que l’opposition peut réellement empêcher le président Félix Tshisekedi de modifier la Constitution et de prolonger son mandat ?

Bonjour et bienvenue dans ce 27e épisode de la saison 6 de Po Na Biso, une capsule audio d’Ebuteli. Ce podcast analyse chaque semaine un sujet d’actualité congolaise. Nous sommes le vendredi 10 juillet 2026. Je suis Jason Stearns, conseiller stratégique chez Ebuteli.

Pour de nombreux Congolais, la situation actuelle leur semble familière. Le pays entre dans une période de contestation politique qui rappelle celle de 2015-2018. À l’époque, le président Joseph Kabila était resté au pouvoir au-delà de la fin de son mandat constitutionnel en retardant les élections et en s’appuyant sur des manœuvres juridiques et institutionnelles pour prolonger son règne. En réponse, une coalition d’une ampleur inhabituelle s’était formée. Des organisations de la société civile, des mouvements citoyens tels que Lucha et Filimbi, des partis d’opposition et, surtout, l’Église catholique ont mobilisé des centaines de milliers de Congolais lors de manifestations à travers tout le pays. Cette coalition a joué un rôle décisif pour maintenir la pression en faveur des élections et, finalement, garantir la première passation pacifique du pouvoir présidentiel de l’histoire du pays. 

Aujourd’hui, une nouvelle coalition prend forme. L’opposition s’est unie sous la bannière de la Coalition Article 64 (C64). L’Église catholique s’est une nouvelle fois imposée comme un acteur politique central, s’opposant publiquement à la révision constitutionnelle et mettant en garde contre toute tentative visant à supprimer la limitation du nombre de mandats présidentiels.

Pour autant, ces similitudes ne doivent pas occulter les différences.

Premièrement, la société civile congolaise est nettement plus fragmentée qu’il y a dix ans. Plusieurs figures de proue de la société civile ont rejoint le gouvernement ou accepté des fonctions politiques, tandis que de nombreuses organisations se sont alignées plus ouvertement sur des camps politiques rivaux. 

Deuxièmement, les mouvements sociaux qui ont dynamisé les manifestations de 2016 restent actifs, mais ils ne bénéficient plus de la même dynamique. Cela s’explique en partie par une certaine lassitude après des années de lutte politique. Cela tient également au fait que Félix Tshisekedi reste plus populaire que ne l’était Joseph Kabila durant ses dernières années au pouvoir. Selon un sondage national, Ebuteli publié la semaine dernière, 86 % des personnes interrogées ont exprimé une opinion favorable à l’égard du président. Cette popularité coexiste avec un mécontentement généralisé face à l’action du gouvernement : une majorité désapprouve la gestion du conflit dans l’est du Congo, estime que la corruption reste généralisée et considère que le pays va dans la mauvaise direction. 

La plus grande différence réside toutefois ailleurs.

Contrairement à 2016, l’État congolais est confronté à l’une des crises sécuritaires les plus graves de ces dernières décennies. La rébellion du M23, soutenue par le Rwanda, contrôle deux des plus grandes villes de l’est du Congo, tandis que des millions de personnes restent déplacées en raison du conflit. Dans ces circonstances, la mobilisation politique se déroule sur fond de guerre en cours.

Cela engendre des pressions politiques contradictoires. D’une part, la crise sécuritaire renforce l’argument de l’opposition selon lequel la réforme constitutionnelle constitue une dangereuse distraction par rapport au défi le plus urgent du pays. D’autre part, l’agression extérieure a généré une puissante vague de nationalisme qui a, au moins temporairement, renforcé la position politique de Tshisekedi sur fond d’un discours populiste.

La suite des événements dépendra d’au moins trois facteurs.

Le premier est la mobilisation. Le C64 a désormais appelé à des manifestations nationales le 22 juillet, après avoir reporté une marche initialement prévue à la suite des consultations de Bujumbura. Si ces manifestations rassemblent un grand nombre de personnes malgré le risque de répression, et si une coalition plus large qui parle aux masses peut être créée, ça peut changer la donne. 

Le deuxième facteur est la communauté internationale. Au cours de la crise de 2015-2018, la pression diplomatique soutenue exercée par les États-Unis, l’Union européenne et plusieurs gouvernements africains a contribué à renforcer les revendications nationales en faveur d’élections. Le fait que les principaux partenaires internationaux actuels — notamment les États-Unis, le Royaume-Uni et l’Union européenne — choisissent ou non de s’opposer clairement à la révision constitutionnelle enverra un signal important.

Enfin, beaucoup dépendra du lien entre la crise politique nationale et les négociations de paix en cours. Après tout, ce qui importe à de nombreux diplomates, c'est la stabilité, et pas nécessairement les libertés civiles : si le débat constitutionnel venait à semer le trouble, comme le fait valoir la Cenco, cela pourrait modifier la donne. Son initiative conjointe avec les Églises protestantes appelle à un dialogue national inclusif abordant à la fois le conflit et les problèmes politiques plus généraux du pays. Pour l’instant, cependant, les principaux belligérants restent concentrés sur les processus de Washington et de Doha, qui n’ont donné lieu qu’à peu de progrès tangibles ces dernières semaines, mais restent les seules négociations acceptées par tous les belligérants. Tant que ces pourparlers se poursuivront, il sera difficile pour des propositions alternatives en faveur d’un dialogue national plus large de gagner du terrain.

Les semaines à venir constitueront donc le premier véritable test permettant de déterminer si le Congo assiste à l’émergence d’un mouvement politique comparable à celui d’il y a dix ans.  

En attendant, vous pouvez rejoindre notre fil WhatsApp en envoyant « Ebuteli » au +243 894 110 542 pour recevoir Po Na biso chaque vendredi sur votre téléphone. À bientôt !

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