RDC : au-delà des « agents fictifs », que révèle vraiment l’audit de la Police nationale congolaise ?
Le 10 juillet 2026, lors du 94e conseil des ministres, Jacquemain Shabani, vice-Premier ministre de l’Intérieur, a présenté le rapport de l’audit de la base de données de la Police nationale congolaise (PNC). Le constat est alarmant : sur les 157 886 dossiers recensés, près de 64 000 sont déclarés irréguliers. Cela signifie, entre autres, qu’environ 4 policiers sur 10 sont en situation irrégulière. Ces irrégularités pourraient représenter un manque à gagner annuel compris entre 99 et 233 millions de dollars américains pour l’État. Comment expliquer ces dysfonctionnements au sein de la PNC ? Et que peut-on attendre réellement de cet audit ?
Bonjour,
Je suis Clarisse Ngalula, fellow au pilier politique à Ebuteli. Vous écoutez le 28e épisode de la saison 6 de Po Na Biso, la capsule audio d’Ebuteli, qui analyse, chaque semaine, un sujet de l’actualité congolaise. Nous sommes le vendredi 17 juillet 2026.
Ces révélations illustrent un enjeu plus large : celui de la mise en œuvre des réformes publiques. C’est précisément l’un des aspects suivis par Landila, le nouveau baromètre d’Ebuteli consacré aux engagements du gouvernement. S’agissant de la police nationale, la loi de programmation de la réforme a été adoptée et promulguée le 1er juillet 2025. Cet audit révèle toutefois que l’application concrète de cette réforme demeure confrontée à d’importants défis.
L’audit du fichier général de la police laisse entrevoir des situations irrégulières avoisinant la moitié des dossiers contrôlés : des policiers fantômes qui pourraient être assimilés aux agents décédés, retraités, déserteurs ou encore non enregistrés dans le fichier officiel de la PNC. Le cumul de fonctions et le doublon pourraient aggraver davantage la situation.
Pour assainir le fichier tant décrié, le gouvernement a été sollicité afin d’appuyer le processus de contrôle physique et d’octroi des cartes biométriques. À cet effet, Jacquemain Shabani a lancé le 9 juillet la phase opérationnelle de l’identification des effectifs de la police nationale congolaise. L’ opération sera déployée progressivement sur l’ensemble du territoire national, avec Kinshasa comme province pilote. Elle sera exécutée par la société Africa Business Agency (ABA), en collaboration avec les structures de la PNC.
Mais le problème dépasse largement la PNC. Plusieurs institutions publiques ont révélé des anomalies similaires. À l’Assemblée nationale, un rapport interne publié après un mouvement de grève des agents administratifs a fait état d’environ 600 agents fictifs rémunérés par le système dit « Maboko banque » un mécanisme de paiement qui échappe souvent au contrôle. Dans d’autres secteurs, comme l’enseignement ou l’armée, des opérations d’identification ont également révélé des écarts entre les effectifs déclarés et réels.
Depuis le milieu des années 1970, l’administration publique a été fragilisée principalement par la zaïrianisation et le clientélisme prédateur du régime Mobutu. Ils ont politisé la fonction publique, effondré les salaires et institutionnalisé la corruption, transformant ainsi l'État en instrument d'enrichissement personnel plutôt qu'en service public. Une dégradation ensuite aggravée par les guerres et l'instabilité des décennies suivantes.
Cette inquiétude est toujours d’actualité car Jean Pierre Lihau ministre de la Fonction publique, a été auditionné, le samedi 13 juin, à l’Assemblée nationale autour d’une question d’actualité initiée par le député Patrick Matata sur les effectifs des agents de carrière des services publics de l'État.
Ceci semble devenir la règle qui a transformé la fonction publique en une zone où règne l’incertitude du statut, de telle sorte que trouver un fonctionnaire reconnu et s'exécutant de ses tâches, tout en étant régulièrement rémunéré dévient un défi majeur.
En tout état de cause, ces irrégularités profitent le plus souvent à ceux qui entretiennent ces réseaux de rémunérations indues. Généralement, les agents fictifs ne perçoivent pas la totalité des sommes qui leur sont attribuées. Une partie est reversée à des agents internes qui contribuent au fonctionnement et à la pérennisation de ces réseaux.
L’audit de la PNC sera-t-il le point de départ d’un véritable assainissement du fichier général de l’administration publique congolaise, ou viendra-t-il s’ajouter à la longue liste des diagnostics restés sans suite ?
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