Accord de Doha : compromis difficile entre Kinshasa et le M23
Le président américain Donald Trump a récemment passé beaucoup de temps à affirmer qu'il méritait le prix Nobel de la paix pour son rôle dans la résolution de conflits à travers le monde, notamment au Congo. Ses affirmations selon lesquelles ses efforts personnels ont permis de résoudre la crise du M23 sont bien sûr exagérées – Goma et Bukavu sont toujours sous contrôle des rebelles, des rapports sur les violence contre la population civile sont fréquentes.
Néanmoins, depuis son entrée en fonction, les activités diplomatiques se sont multipliées. Une première déclaration de principes a été signée entre le Congo et le Rwanda le 25 avril, suivie d'un accord de paix plus détaillé le 27 juin. Parallèlement, un processus de paix entre le M23 et le gouvernement congolais a abouti à sa propre déclaration de principes au Qatar le 19 juillet, les délégations des deux parties étant retournées à Doha la semaine dernière pour tenter de conclure un accord définitif. Bien qu'ils aient manqué la date limite qu'ils s'étaient eux-mêmes fixée, le 18 août, il convient de faire le point sur les progrès accomplis jusqu'à présent et sur les obstacles qui subsistent.
C'est ce que je propose de faire dans ce 34e épisode de la saison 5 de Po Na Biso, la capsule audio d'Ebuteli et du Groupe d'étude sur le Congo (GEC) qui analyse, chaque semaine, un sujet d'actualité congolaise. Je suis Jason Stearns, co-fondateur de ces deux organisations. Nous sommes le vendredi 29 août 2025.
Les premiers signes ne sont pas encourageants. Après des semaines d'impasse suivant la déclaration initiale, les deux parties semblaient faire peu de progrès vers un compromis. Finalement, le 14 août, le gouvernement qatari a fait circuler sa propre proposition, peut-être par frustration face à cette lenteur.
Il est difficile d'imaginer que le gouvernement congolais, ou le grand public, accepte ce document. Il propose que la sécurité dans les zones actuellement contrôlées par le M23 serait assurée pendant cinq ans renouvelables par une « force spéciale » composée à 50 % de combattants ’eligibles’ du M23, le reste provenant de la police congolaise et de « membres de la population locale ». Bien que la proposition prévoit que les commandants soient nommés conjointement par le gouvernement et le M23, cette structure permettrait en pratique au M23 de conserver une influence dominante sur les territoires qu'il contrôle pendant une longue période. Étant donné que la plupart des Congolais considèrent le M23 comme une rébellion illégitime et un proxy du Rwanda, cette proposition sera difficile à accepter.
D'autres aspects de la proposition qatarienne restent vagues. Elle prévoit un dialogue national en 2026, impliquant le M23, le gouvernement, l'opposition politique et la société civile, mais ne précise pas quelles questions seraient abordées ni comment le dialogue permettrait de résoudre la crise actuelle. Elle envisage également la tenue d'élections dans les zones occupées en 2027, mais ne précise pas quels postes seraient à pourvoir, ni comment ces élections pourraient être intégrées constitutionnellement, puisqu'elles ne s'inscriraient pas dans le cycle électoral national.
Même des sources au sein du M23 ont exprimé leur frustration à l'égard du projet qatari, notamment parce qu'il contient des dispositions les engageant à restituer les territoires occupés au contrôle du gouvernement. À peu près au même moment, la proposition du M23 a fuité, qui s'est avérée encore plus irritante pour les négociateurs du gouvernement. Elle prévoit une période de transition de trois ans pendant laquelle un gouvernement de transition dirigerait l'ensemble du pays, le pouvoir étant partagé entre le M23, le gouvernement, l'opposition politique et la société civile. Leurs revendications vont encore plus loin : la dissolution de l'armée nationale et la création d'une nouvelle armée, la réforme de la commission électorale nationale et une refonte constitutionnelle visant à transformer le pays en un État fédéral avec plus de pouvoirs vers les provinces.
Le M23 insiste pour que son retour à Doha se limite à des discussions sur un cessez-le-feu et la libération des prisonniers. Les médiateurs qataris sont désormais confrontés à la tâche ardue de négocier ce qui semble être un compromis presque impossible. Les deux parties devront faire des concessions importantes pour que le processus de paix aboutisse. Pour le gouvernement congolais, il s'est avéré politiquement opportun de rejeter la responsabilité de la guerre sur le Rwanda, et céder quoique ce soit à cette rébellion serait politiquement extrêmement coûteux. Pour le M23 et le Rwanda, cependant, les processus de paix passés les ont laissés sur la touche. Compte tenu de leur profonde impopularité tant au niveau provincial que national, il est peu probable que le M23 puisse obtenir une représentation significative par le biais d'élections.
La tentation est donc forte pour les deux parties de maintenir le statu quo : faire semblant de négocier tout en évitant de s'engager véritablement en faveur de la paix. Le succès du processus dépendra donc de la pression politique que les acteurs extérieurs pourront exercer en coulisses. Si cette pression faiblit, une recrudescence de la violence est le scénario le plus probable.
En effet, la semaine dernière, des combats ont déjà éclaté autour d'Uvira, dans le Sud-Kivu, ainsi que dans certaines parties du Nord-Kivu. Plus troublant encore, les Nations Unies et Human Rights Watch ont publié des rapports accusant le M23 d’avoir perpétré un massacre contre la population civile à Rutshuru, tuant plus de 160 personnes. Si le conflit continue, ce genre de violence se répétera sans doute.
En attendant la suite de ces négociations, n'oubliez pas de vous abonner à Po Na Biso sur votre téléphone, en envoyant « Ebuteli » au +243 894 110 542. À la semaine prochaine.
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